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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 22:13

Une heure avec Lucien Wasselin, « La rage, ses abords », éd. Le dé bleu, 2001, (ouvrage à priori épuisé puisque l’éditeur a cessé d’exister mais encore disponible dans notre librairie au cas où…)

 

En fait l’auteur vient de me faire parvenir deux notes de lectures sur deux livres dont j’ai parlé sur ce blog et publiés par Gros Textes, ceux de Christian Bulting et de Jean-François Dubois.

 

Ce fut l’occasion de passer une heure avec cet ouvrage lu et certainement chroniqué dans notre revue il y a une quinzaine d’années (presque notre différence d’âge Wasselin et moi). Et moi aussi, aujourd’hui, « me voilà vieillissant avec pour seule compagnie une chatte qui passe son temps à dormir ». Quand l’humanité s’éloigne avec le dégoût, pour certains restent les chats et ceux-là doivent se reconnaître « si, un jour, totalement paranoïaque, je devenais chef d’état, j’espère qu’il me resterait ce qu’il faut de raison pour ne pas employer la bombe atomique : c’est qu’il importe de ne pas tuer les chats. » C’est par ces félins qu’ils sont encore reliés à l’humain. Ceux-là contemplent le vide en eux, les amis qui les quittent, les bonheurs boiteux mélancoliques « il faut croire au bonheur et l’inventer chaque matin. comme ce texte qui boîte un peu. » Les paysages ne sont vus qu’à travers les gouttes de pluie, les couleurs virent illico vers le sépia ou le bistre, le désespoir devient un refuge, un mode d’être, n’y touchez pas. « loin du vacarme et de la hâte, un jardin où tombe la nuit. la paix a le coût un peu triste des fruits légèrement fanés. que boivent mes lèvres ? le sens obscur du nuage qui passe devant la lune ? qu’importe après tout car nous sommes condamnés à écrire l’époque. mais où se trouve l’époque ? dans ce jardin que j’ai planté, façonné, depuis bientôt quinze ans ? dans ce monde que je fuis le soir, mais qui m’épuise le jour ? derrière, là où « tous les ponts sont coupés » ? ou bien encore, finalement, là où je me plante, obstiné, dans ma vie d’homme à la petite semaine ? »

 

Pour exprimer aussi bien le mal de vivre, bien sûr la chanson peut utilement être convoquée…

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 21:00

Encore une heure avec la revue Traction Brabant n°73, Moi je vote pour la poésie.

Où l’éditorialiste se pose la question des raisons qui le pousse à aimer la poésie et s’étonne de ne pas se l’être posée plus tôt. Il a fallu attendre 13 ans et 73 numéros. Patrice Maltaverne dit croire « en la poésie parce que ce n’est pas une religion ». Pour ma part j’ai des doutes sur le bidule car il me semble avoir croisé dans le marigot, des machins qui ressemblaient étrangement à des prêtres. Mais bon… On va pas se chamailler pour ça. D’autant qu’un peu plus loin Julien Boutreux nous met d’accord : « tu me parles du poète / de son refus du monde / de son écriture au-dessus de la vie / son écriture qui ne tient pas vraiment debout / qui danse sur le sol du réel / de son mouvement flottant / de son appui léger / de son trait fin / de son manque de fermeté / de sa trajectoire sinueuse / de ses oscillations autour de la verticale / de ses formes liées et combinées et ornées qui l’enferment / tu me parles de ce foutu poète / qui s’est construit un monde de rêve / une tour d’ivoire / un mur autour de lui / sur lequel il peint des fresques qu’il appelle l’infini / tu me parles du poète / et je te réponds oui c’est un grand malade / d’ailleurs je ne donne pas cher de ma peau de vent »

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 22:13

Une heure avec la revue Traction Brabant n°71, Alice au pays des vermeils. http://traction-brabant.blogspot.fr/

 

Un édito au sourire grinçant par le maître des lieux, Patrice Maltaverne, qui cause amitié entre poètes sur le mode du « tu parles » pour dresser un portrait à charge de l’animal, avant que Cathy Garcia n’enfonce le clou bien profond « on peut tout faire avec un poète, et surtout rien… », on est d’ailleurs souvent à la marge de la poésie comme j’aime l’être dans ces pages et comme pouvait l’être feu la revue « microbe » de l’ami Dejaeger, ces marges où j’ai plaisir à me prélasser, picorer de ci de là, quelques bêtises savoureuses « Mange ta soupe, mon fils, pour devenir un assassin, comme ton papa », une évocations de Buster Keaton, le poète du gag, ou quelques ruptures fulgurantes « Renonce, ce n’est pas réparable, je suis loin maintenant, hors d’atteinte, oublie-moi, c’est trop déchiré, récupère tes portes battantes, tes mots poisseux, ton permis de détruire et rends-moi : le bandeau pour garder les yeux secs et frais, la poudre pour raviver l’estime de soi, la puissance de la confiance, les plantes à feuilles, le faux cactus, la nappe qui oblige à manger en silence, les couverts que j’ai tordus par la pensée, la lucarne et le ciel dans le grenier, le reste, tu peux prendre. » (Florentine Rey), passer du temps et écrire de longues phrases que je sais pas si elle est très correcte celle là.  

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 21:27

Une heure avec « Mes amis » d’Emmanuel Bove (vieux livre de poche) mais ce titre se trouve aux éditions « L’arbre vengeur ».

 

C’est l’histoire d’un blessé de la guerre (14-18) un peu, et blessé de la vie, normalement, un solitaire qui cherche à se faire des amis avec toutes les maladresses des égarés de l’existence, des encombrés de la relation à l’autre, des mendiants d’une affection quelconque qu’ils ne savent pas par quel bout aborder. Le livre plutôt fin se découpe en chapitres assez courts comme autant de nouvelles au style précis et minimaliste s’appuyant sur des phrases courtes et d’une attention aux détails d’un quotidien intemporel qui le rend étonnamment moderne (il est sorti en 1924) et quasi universel.

« Un homme comme moi, qui ne travaille pas, qui ne veut pas travailler, sera toujours détesté. J’étais dans cette maison d’ouvrier, le fou, qu’au fond, tous auraient voulu être. J’étais celui qui se privait de viande, de cinéma, de laine, pour être libre. J’étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable. » 

 

Ce roman se place du côté des humbles et des laissés pour compte montrés avec leurs faiblesses et leurs maladresses, leurs désirs dérisoires et leurs angoisses ordinaires avec ce sentiment de s’être trompé de vie en rentrant dans un corps à la limite de l’étrangeté mais auquel on s’accroche maladivement comme notre seul bien dans l’absurdité de l’infini :

« Je me sens tout petit à côté de l’infini et bien vite j’abandonne ces réflexions. Mon corps chaud, qui vit, me rassure. Je touche avec amour ma peau. J’écoute mon cœur, mais je me garde bien de poser la main sur mon sein gauche car il n’y a rien qui m’effraie tant que ce battement régulier que je ne commande pas et qui pourrait si facilement s’arrêter.»

 

 

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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 09:51

Je reste avec Alfonso et son bestiaire qui englobe allègrement quelques objets comme l’indique le titre (Rigoler avec une pantoufle) avec une tendresse toute particulière pour les mouches :

 

« Les mouches sont des saintes, elles ont de toutes petites auréoles qu’on aperçoit à peine, forcément. Si vous mettez une auréole normale, celle de saint Barnabé par exemple, sur une toute petite tête elle ne tient pas la route, elle flotte et le vent l’emporte, de même qu’une chaussure de pointure 45 ne saurait convenir à un joli petit pied délicat. Ne m’obligez pas à articuler des évidences !

 

Les mouches ont une vie très courte, très aléatoire, elles vont et viennent en été seulement, et les chats les bouffent, on les extermine méthodiquement de manière diabolique avec des papiers enduits de colle, on les écrase d’une claque car on les trouve désagréables quand elles se posent sur la peau. Certaines personnes se croient malheureuses et se plaignent sans cesse, je voudrais bien les voir à la place d’une mouche !

 

Elles sont modestes, se contentent de peu, affluent goulûment sur les bouses de vache, elles acceptent sans problème les mets les plus répugnants, franchement j’admire leur sagesse, leur faculté d’adaptation aux conditions les plus difficiles ! Certes, elles ne refuseraient pas des ortolans, mais nous les laissent de bon cœur. Elles sont altruistes.

 

Il paraît que le paradis ne leur est même pas ouvert… voilà une énorme injustice à mettre sur le compte du créateur ! Encore un qui n’aime pas les mouches ! »

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 23:34

Une heure avec Alfonso Jimenez « Rigoler avec une pantoufle », éditions Gros Textes, 2014. https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2014/jimenez-alfonso

 

Un livre que je regrette de ne pas vendre plus tant je suis heureux de l’avoir publié. Un des plus follement déjanté du catalogue. Jimenez donne l’impression de ne reculer devant aucune audace, aucune absurdité, aucune entorse au bon sens pour nous plonger à chaque page dans un délire très personnel. Il définit d’ailleurs ainsi sa personne (dans la Nouvelle Revue Moderne) : « Je suis un adepte fervent du non-agir taoïste : si un beau jour la plume s'agite sur le papier parce qu'une jubilation trop forte la démange, on la laisse faire, ravi, aux anges...une trouée dans les nuages ouvre soudain des chemins favorables aux fantaisies de l'esprit, un petit vent entre les orteils transporte au paradis, une infime dose de bonté libère innocemment, même si l'on n'a pas inventé la poudre qui pète deux fois. On décolle légèrement au ras des pâquerettes.
Que dire de plus concernant ma vie ? Je viens d'Espagne, je suis passé par la France et maintenant, depuis les années soixante, j'ai atterri en Suisse. Je viens d'ailleurs et je vais nulle part, comme dirait plus ou moins Pierre Dac. D'ailleurs, suis-je ? Un bouddhiste dirait : où est l'égo, et d'abord, qu'est-ce ? La brosse à reluire ? J'ai fait plusieurs boulots, mais je préfère les moineaux sur les toits et le frémissement des bleuets !
Compagnons, rigolos de tout bord, atrophiés des biceps mais illuminés du regard, forcenés de la rétine et malmenés de la rate, nos solitudes débouchent à deux pas de l'indicible, là où l'on est quand même moins seul ! »

 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 21:56

Une heure avec Marianne Desroziers, « Ma mère en automne », éd. Gros Textes coll. Alpes Vagabondes https://sites.google.com/site/lesalpesvagabondes/

 

Armand le Poête écrivait dans son premier recueil « C’est amusant les photos de famille, il y a les morts et les pas encore morts ».

 

C’est à feuilleter un album de photos de famille que nous invite Marianne Desroziers avec l’image de la mère disparue au centre, et on visite une vie en une vingtaine d’images et autant de poèmes qui leur font face, à la limite de la poésie, plus près du témoignage brut et sans inutiles fioritures, sans le désir de faire une œuvre, juste dire les choses de la vie, parfois à la limite du style télégraphique, d’une vie avec ses croisements, une vie en petites touches, comme des effleurements. La part belle est faite aux années 60, 70 et leurs couleurs particulières, les années de jeunesse de la mère, une époque dont l’auteur nous restitue délicatement l’ambiance, cabans à carreaux et pattes d’éph, la douche des enfants dans une bassine en fer, vélo et transistor, été à la campagne, hiver à la neige, la légère mélancolie qui serre le cœur, quelque chose de cette « inflexion des voix chères qui se sont tues » mais aussi quelque chose comme un écho de bonheur « Nous avons l’air heureux / Je crois vraiment que nous l’étions / Me trottent dans la tête / des chansons de Nino Ferrer ».

 

Ben allons-y : https://www.youtube.com/watch?v=Mu4fBIxwUCQ

 

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 21:55

Une heure avec moi-même (je prépare une lecture pour juillet) et le numéro 116 de la revue Chiendents qui m’est consacré. https://lepetitvehicule.com/produit/n116-chiendent-yves-artufel/

 

C’est Georges Cathalo qui a orchestré ce numéro où une quinzaine d’auteurs disent du bien de moi, du coup ça fait un peu comme si j’étais mort. Et c’est bien, si au bord de mon cercueil on dit des trucs comme dans ce numéro, ça me va.

 

"Je vais jusqu'à l'horizon pousse ma brouette de décombres. Après on avisera"

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 21:12

Une heure avec Olivier Cousin, « Les riches heures du cycliste ordinaire » éditions Gros Textes, https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2017/cousin-olivier.

 

Ou comment transformer un trajet quotidien au boulot à vélo en épopée du dérisoire, de l’ordinaire, du presque rien certes mais de ces riens auxquels nos corps n’ont cesse de s’accrocher. On passe du bonheur délicat, de la minuscule jouissance à la poisse pas trop grave au final. On a des pensées fondamentales « l’amour c’est toujours / nos miettes à rassembler », et des désirs mesurés « Jamais envie / d’arriver / le premier / en tête / les pieds devant », de toute façon on pédale par tous les moyens : « Ce soir sur le chemin du retour / je pédalerais bien avec les oreilles / histoire de voir si accumulées là / les conneries entendues toute la journée /ne produiraient pas assez d’énergie / pour me convoyer gentiment / jusque mon lit »

 

Et un dernier aller pour la route : « MAILLOT À POIS CASSÉS // Ce matin ma pénétration / dans l’air frise le ridicule / Tout comme est presque nulle / ma force de conviction / à faire admettre aux merles / que j’appartiens à leur univers / et que je souhaite y avoir mes entrées / Alors je pédale avec difficulté / vers quelques visages / qui prêtent pour la journée / leurs sourires mécaniques / Ils ne suffiront pas à faire oublier / les trilles moqueurs des merles du chemin »

 

Et une chanson si vous voulezhttps://www.youtube.com/watch?v=QxOSQvrr2E8

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 20:28

Une heure avec La peau froide d’Albert Sánchez Piñol aux éditions Actes Sud.

 

Un huis clos sur une île abandonnée de tout où le héros, vaguement météorologiste vient surtout pour fuir on ne sait quoi. Il y trouve un énigmatique personnage taciturne et revêche porteur également de mystères, accompagné d’une étrange créature, genre de sirène revisitée. Et ensemble ils vont devoir repousser chaque nuit des hordes de monstres cannibales venus de la mer qui veulent leur faire la peau. On a les ingrédients du roman fantastique tirant sur l’horreur (on pense à Lovecraft) qui nous tient en haleine d’un bout à l’autre mais il y a autre chose lorsqu’on s’interroge sur la nature réelle de ces monstres, une réflexion sur l’altérité, la différence, les mécanismes de la peur de cette différence et de ses conséquences, la communication nécessaire avec ce qu’on ne comprend pas au premier abord. Le style est nerveux et efficace et la chute plutôt glaçante.

 

« Nous ne sommes jamais très loin de ceux que nous détestons. Pour cette même raison, nous pourrions donc croire que nous ne serons jamais au plus près de ceux que nous aimons.»

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