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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 22:58

Une heure avec Jean-François Dubois, « Une frêle chaloupe » chez Gros Textes dans la collection Alpes Vagabondes. Il s’agit encore de photos retrouvées et décrites, des vieilles photos où « Avec le temps, les images s’étaient piquées, les formes estompées, les couleurs avaient pâli dans une nuance verdâtre envahissante, comme si les pelouses et les berges boisées avaient imposé leur dominante, qu’un même débordement sournois avait rongé lignes et contours… »

 

Il est souvent question de cimentière, de tombeaux de vagues et lointaines tantes Maria ou d’anciens voisins et la petite histoire rejoint la grande par des chemins de traverse entre les allées et l’on regarde sous un angle particulier Walter Benjamin ou Georges Bataille et dans cet exercice d’effacement, les vieilles photos se mêlent à de vieux films et le couple Cadou peut se retrouver à proximité de Ian Fleming et son James Bond.

 

Dans un dernier chapitre, l’auteur abandonne l’image pour le document littéraire et historique en remontant à quelques élément biographiques d’un lointain ancêtre du 18ème siècle et dérouler un arbre généalogique qui, comme j’imagine en voyant les vieilles personnes sur les photos qu’elles pourraient être de ma famille, pourrait être celui de n’importe qui. La frêle chaloupe sur laquelle nous sommes embarqués étant destinée à se perdre dans une brume s'épaississant où les formes deviennent de plus en plus indistinctes.

(Bon l’image vaut ce qu’elle vaut mais à cette heure un peu tardive ma foi…)

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 16:45

Une heure avec Raymond Federman et deux livres « Chut », éditions Léo Sheer et « Retour au fumier », éditions al dante. Une phrase de ce dernier pour faire lien avec l’heure d’hier et les arbres. L’auteur revient sur un lieu où il a passé un morceau d’enfance et retrouve bien des années après les arbres qu’il a connus : « … ces feuilles flétries sont plutôt pathétiques. Eux aussi ils ont dû souffrir pendant toutes ces années. Est-ce que tu crois qu’ils se souviennent de moi ? Peut-être que je devrais pisser sur leur tronc comme j’avais l’habitude de le faire après avoir cueilli leurs cerises ».

 

De Federman, jusqu’il y a peu, ne n’avais lu que deux recueils de poésie, ici & ailleurs et L’extatique de Jules et Juliette. Karin Huet m’a fait connaître sa prose, on n’ose parler de roman, très personnelle et originale. Les deux ouvrages tournent autour de l’événement biographique central, l’arrestation, la déportation et l’extermination de sa famille par les nazis en 1942. Au moment de l’arrestation la mère du jeune Federman a le temps de le pousser dans un cagibi et lui dire « chut », c’est autour de cette expérience que tourne « Chut », un devoir ou plutôt un désir de mémoire, mais une mémoire que l’on sait défaillante, tout est à dire à partir de quelques photos trouvées dans une boîte, seuls biens qui n’auront pas été pillés dans l’appartement familial et que l’auteur retrouvera quand il y retournera après la guerre. Fiction et réalité se placent aux mêmes niveaux : « Eh bien moi je leur dirai, vous vous gourez, c'est de la fiction pure que je vous raconte, parce que toute mon enfance, je l'ai complètement oubliée. Elle a été bloquée en moi. Donc tout ce que je vous dis, c'est inventé, c'est de la reconstruction. Et puisque tout ce qui s'écrit est fictif, comme l'a dit Mallarmé, ce que je suis en train d'écrire, c'est de la fiction. » Ce qui rend ces ouvrages extrêmement attachants c’est que de tout cela, Federman donne à rire, un rire salvateur et bienfaisant, le plus majestueux pied de nez à l’horreur pour celui qui a fait sienne cette phrase de Beckett : « rire ou pleurer c'est la même chose à la fin ».

 

Dans « Retour au fumier », Federman raconte les années de guerre dans une ferme du sud-ouest de la France, ses souffrances et humiliations, sa résistance et un tableau d’une certaine France rurale plus cauchemardesque que pittoresque. Un des ressorts de l'efficacité du récit vient de ce que le narrateur s’adresse à un interlocuteur virtuel qui malgré son absence ne cesse de relancer l'auteur, de lui signaler ses redites et ses digressions de conteur bavard : "Non Federman, ça tu l'as déjà dit et puis tu vas ennuyer tout le monde avec ces histoires..." Et Federman n'en faire qu'à sa tête.

 

Ici à la place de chanson, un entretien avec Raymond Federman paru dans le matricule des anges : http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=18331

 

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 22:41

Une heure avec Arbre(s), anthologie des éditions Donner à Voir, http://www.donner-a-voir.net/.

 

Pour la plupart, on retrouve les auteurs du chemin des poètes de Durcet et c’est un plaisir de se remémorer de bons moments. L’anthologie est à l’image de ces moments, quelque chose de simple et de fraternel, comme un clin d’œil à nos frères verticaux certainement plus proches de nous qu’on n’imagine. J’ai vu vieillir quelques arbres de mon enfance, un cerisier sauvage qui me servait de château-fort gamin et qui, aujourd’hui, ne tient à la vie que par un fil de quelques branches, on en a vu naître d’autres mourir, on voit ceux qui nous survivront et ceux qui serviront à nous chauffer. On vit avec leurs ombres, leurs fruits, leur bois et les tableaux qu’ils dessinent dans le paysage, changeant le tableau : « Il y a / sur le velours de la mémoire / un arbre qui penche et nous parle // Un arbre ou peut-être un ruisseau // Un arbre qui court en nous-mêmes // Et c’est cela qui chante en nous // Ce poème / - passager des feuilles - / qui réinvente les saisons / chaque matin. » (Alain Boudet).

 

Et parfois, il raconte, l’arbre, l’histoire de nos vies comme une école de patience et d’attention dans de multiples dimensions et sans avoir l’air d’y toucher : « Mon père avait planté un petit noyer / Il l’a arrosé, il l’a préservé des chevreuils / Par un grillage. / … Il allait le surveiller très souvent… / Nous sommes émus de tant de soin. / Le noyer pousse encore / Et se joue du mauvais temps / Alors que mon père n’est plus. / Sa protection a été efficace, / qui n’était ni policière ni militaire. / Mon père avait prévu : / Maintenant, il s’est bien déployé / Et s’étire sur plusieurs mètres. / C’est une œuvre à la noix ! »

 

Bon, elle traîne peut-être déjà quelque part sur le blog cette chanson de Louis Capart, mais bon, je trouve qu’elle fait joli ici aussi : https://www.youtube.com/watch?v=JEoy8YL--50

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 21:21

Une heure avec « Pleins de vie » de John Fante. C’est toujours une fête pour moi un roman de Fante. Un roman bourré d’amour, d’humour et de poésie. Il n’y a rien qu’un accouchement qui se profile, un trou dans le plancher dans lequel faillit passer la mère, un père peu commode sensé venir le réparer. « Papa était debout près de la fenêtre de la salle d’attente. Quand j’ai posé la main sur son épaule, il s’est retourné. Je n’ai pas eu besoin de parler. Aussitôt il a pleuré. Il a posé sa tête sur mon épaule, et ses larmes m’ont fait mal. Je sentais les os de ses épaules, les vieux muscles tendres ; je respirais l’odeur de mon père, la sueur de mon père, l’origine de ma vie. Je sentais ses larmes brûlantes et la solitude de l’homme et la douceur de tous les hommes et la beauté infiniment douloureuse des vivants. »

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 21:17

Une heure avec Jean-Pierre Andrevon que je connaissais essentiellement en tant qu’auteur de SF dont je fus fan (je lis beaucoup moins de SF aujourd’hui et j’avais un peu perdu de vue cet auteur), une heure avec son recueil de poèmes, Obstinément des femmes des chats et des oiseaux, éditions le pédalo ivre. Andrevon n’est pas poète, ça se sent et c’est ce qui me le rend extrêmement attachant, je veux dire il ne cherche pas à jouer au poète, il met un doux balancement à des propos d’une désarmante simplicité qui confère à ses écrits une sorte de grâce à la Prévert (le recueil se referme sur un inventaire) avec la pointe d’humour qui grince juste comme il faut : « Au bord du gouffre / qui nous attend / inévitablement / on dit on crie / on gémit / ah ! si j’avais des ailes / ah ! si j’avais des ailes / et une voix / en bas / nous fait / si tu en avais / mon gros nigaud / mon grand bêta / tu ne volerais pas / bien haut / on t’abattrait / vite fait ». Le vers est court, la rime facile n’est pas dédaignée façon comptine qui fait sourire mais qui aussi nous tire larme quand il parle de son ami juif, le petit Elie du temps de leurs quatre ans.

 

Poésie obstinée, cri d’amour à la vie (« Les enterrements / je les déteste / tant / que j’irai même pas au mien / ou alors en / me cachant / dans une caisse / au couvercle serré / juste por observer / par une fente / du bois / tous ces vivants / narquois ») qu’on déguste goulument par tous les bouts, c’est le prototype parfait du livre compagnon qui coule limpide sur nos saisons (ce qu’il en reste) : « Et les hivers et les étés // Et la froidure des hivers / et les fruits dorés de l’été / et les promesses printanières / l’automne rougi par les regrets / et le vent qui vient des montagnes / et la ville tendue de fumées / et tous mes châteaux en Espagne / la voix qui criait Liberté / et les révolutions à faire / et les révolutions manquées / et les révoltes de poussière / et la poussière des années / et les années dans les années / et dans le puits de ma mémoire / un livre d’occasions manquées / ma tête ouverte aux courants d’air / de ce qui me reste d’hivers »

 

Andrevon, il chante également et c’est vraiment bien (je conseille d’écouter jusqu’à la fin) :

https://www.youtube.com/watch?v=BNKysICrJlo

https://www.youtube.com/watch?v=2G7_23ENXJI

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 22:17

Une heure avec Le loup toqué de Nikolaï Zabolotski, éditions la rumeur libre, traduit par Jean-Baptiste Para. http://www.larumeurlibre.fr/auteurs/nikolai_zabolotski.

C’est une anthologie poétique avec des œuvres qui courent de 1926 à 1958 soit l’ensemble de ses années d’écriture.

 

J’ai retrouvé dans la première partie l’univers naïvement déjanté qui m’avait séduit dans l’œuvre de son copain Daniil Harms. Sa biographie témoigne des mêmes souffrances liées aux purges staliniennes des années 30 dont les deux auteurs furent victimes. Il raconte dans cette anthologie en quelques pages saisissantes et terrifiantes, comme toujours dans ce genre de récits, l’histoire de son incarcération qui va sensiblement modifier son écriture me semble-t-il.

 

Dans l’ensemble de textes qu'on peut qualifier de jeunesse et qui donne son titre à l’anthologie Le loup toqué, on lit une sorte de fable où un loup tente de dépasser sa condition avec une force révolutionnaire utopique : « J’ai découvert quantité de lois. / Si vous placez une plante dans un bocal / Et soufflez dessus avec un tube en métal, / La plante s’emplira d’air animal / Et vous verrez sortir une petite tête, / Des menottes, des gambettes, / Et les feuilles se flétriront à jamais. / Grâce à ma force d’âme / J’ai cultivé un petit chien à partir d’une plante / Qui s’est mise à chanter comme une jeune mère. » Cette tentative échoue, le loup toqué meurt, on lui rend hommage, « Nous, les loups, nous poursuivrons là-bas / Ton œuvre éternelle. Cap vers les étoiles. »

 

Une pointe de mélancolie cachée derrière un absurde avant-gardiste est cependant toujours présent qui va dominer l’écriture à son retour de camp en 1945. « Fais donc tinter tes cloches, carillonneur ! / N’oublie pas que le monde est couvert d’écume et de sang ! / J’ai souhaité reposer à Ravenne, / Mais Ravenne n’était pas le remède non plus. » Continuons à chercher alors.

 

Si vous avez un moment pour écouter la voix et l'énergie incroyable de Vissotski,

c'est dans le ton  https://www.youtube.com/watch?v=x_HhWosCvYc

 

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 23:16

Une heure avec Équiper les anges – et dormir, dormir de Katia Bouchoueva, éditions la passe du vent, http://www.lapasseduvent.com/Equiper-les-anges-et-dormir-dormir.html#livre826.

 

Elle nous envoie des nouvelles Katia, avec son accent russe qui segmente en musique les syllabes du français, des nouvelles mais aussi « un poisson, une chouette, un opinel, deux douilles à dissoudre dans une bière bien tassée… ».

 

Elle arrive avec ses nouvelles là où on ne l’attend pas, on peut parler d’Objet Poétique Non Identifié, bon je sais c’est bête mais il y a aussi plein d’animaux au fil des pages, parfois en peluche. A ce propos, elle sait Katia voir la poésie dans des lieux aussi insolites que les manifs pour tous. Elle nous recopie ce message d’un(e) manifestant(e) : « Si j’aime mon ours en peluche / je vais épouser mon ours en peluche ?... On peut aller loin vous pouvez épouser n’importe quoi / puisque c’est le résultat de votre volonté / avec ça je peux épouser mon champ de carottes… ». Merveilleux. Et elle enchaîne : « Comment me marier avec vous, sapin ? / Avec vous, olivier, cèdre, chêne ?... » Ah le beau sourire de la dérision quand il déborde d’amours improbables et pourtant tellement évidents, « nous nous aimerons comme des vieilles / armoires au teint ocre pâle / dans ce lieu haut et sombre, / dans ce lieu haut et sale. » C’est aussi ça qu’on aime, cette poésie pas trop bien léché qui lorgne vers le slam qui sait communier avec les pleins de poux qui picolent un vin pourri mais qui marchent en mélodie.

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 20:16

Une heure avec la revue Décharge n°173 (http://www.dechargelarevue.com/Decharge-173.html).

J’aime bien Jean-François Mathé, ses textes, l’auteur je le connais pas. « Tu as regardé le vent / finir en lambeaux dans les arbres / et plus aucun appel n’est venu / de ce que tu avais pris pour une voix. » Il est de ces auteurs dont les phrases font presque toujours écho, je sais pas pourquoi et ne cherche guère à le savoir.

Sympa, trop sympa Jacmo, on dirait qu’il a pensé à moi question écho en faisant se succéder Mathé, Sourdin, Berchoud et Cornière.

 

Aller, de Bruno Sourdin, je vais sortir pour les besoins de cette heure un memoriam à l’ami Jégou, le marin sorte de parrain de Gros Textes (un des tout premiers poètes à nous avoir confié des textes du temps où je connaissais personne) «… Et maintenant qui m’appellera frère ? / Qui versera du vin pour me consoler ? Qui braillera avec moi à tue-tête sans se soucier du lendemain ? / Qui m’accompagnera dans ma longue nuit ? / Tous sanglots ravalés // Je détourne la tête pour cacher mes larmes / Je sais seulement qu’il est parti / Je ne sais où » (en gras un vers extrait de « Une meurtrière dans l’éternité » d’Alain). Je me souviens, ça me fait penser à notre au revoir sur un quai de gare à Gap une fois qu’on l’avait invité par ici. On avait tous les deux caché nos larmes avant de nous quitter. C’était la deuxième fois qu’on se voyait et comme il était déjà bien malade, chacun se doutait qu’il n’y aurait pas de troisième.

 

Merde, y’aurait pas des trucs plus gais ? Ben non après c’est pareil pas pire avec des extraits de « le dit des rides » de Bruno Berchoud. Il excelle pour parler des vieilles personnes Berchoud. Là c’est sa maman. Un peu d’humour quand même lorsque la Mère s’insurge quand son fils lui ramène un ventilateur – faut ventiler les vieux depuis qu’ils sont morts en grappes en 2003 – « Elle dit, le geste à la parole sa main en marionnette à hauteur de la tempe, c’est mon fils qui déraille prendrait sa mère pour une voiture ». Malgré tout, il arrive un moment où c’est comme ça « Mais non ma mère, la chaise ou l’escabeau tu n’y monteras plus », on en est tous là.

 

François de Cornière, ben lui il fait toujours dans le condensé de vie qu’il fait tenir avec son temps et son espace en quelques lignes qui font mouche à tous les coups. La question banale, le petit nuage que tu sais pas pourquoi il vient te bouleverser, la musique du moment, les vieilles photos comme des fantômes ou des voix lointaines qui se sont tues (pas tout à fait quand même, déconne pas, sinon le poème sert à rien), des scènes de film avec un silencieux (le machin pour tuer en toute discrétion), une pancarte au bord de l’autoroute qui indique ligne de partage des eaux… « Mon émotion est toujours là. / Je me demande / ça tient à quoi ? / ça tient à quoi ». J’en suis là aussi et je crois que je me fous de la réponse.

 

Si vous avez encore le temps pour une jolie chanson zavez qu’à cliquer là : https://www.youtube.com/watch?v=4az34HljL9s

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 22:09

 Une heure avec la revue Verso 169 « gouffres » http://revueverso.blogspot.fr/

Une heure à baguenauder entre découvertes et retrouvailles. Rayon découvertes, citons Basile Rouchin. Je suis en train de lire des livres de Raymond Federman (pas ses poèmes, ses récits autobiographiques) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Federman si vous connaissez pas) et ce Basile Rouchin c’est des trucs de famille à petites touches délicates, mais assez précises pour qu’on voie très bien de quoi il s’agit, qui m’ont fait penser à Federman (on passera une heure avec lui un peu plus tard). « Comment se sentir chez soi ? Enfant parachuté dans un drôle de décor, je me déplie, police à gros caractères, entre papa, maman et le petit frère. Des fumigènes internes dissimulent la scène figeant ainsi les sourires. Un invisible public manifeste en force : élevage d’inconnus en batterie, poulailler à fantasmes mal insonorisés. Aujourd’hui encore, une voix ténue souffle entre nos échanges, étire ses sous-titrages confus. »

 

Plaisir de retrouver des poèmes de Line Szöllösi (je regarde trois fois si j’ai bien écrit son nom) « Je pense à vous comme on lisse une planche… ». Et puis bon je vais pas faire trop long avec les citations mais quand même j’ai envie de vous copier Tante Jeanne (chrétienne résistante) de Jean Luc Lamouille « L’avenir du monde ? / Cela ne l’intéressait pas vraiment. // Seuls les oiseaux, qui venaient picorer / depuis des années et à heure régulière, / le riz concassé qu’elle leur jetait, / la fascinaient. / Elle y voyait la patte du Créateur. / Ce fut notre seul objet de discorde. »

 

Aller, on a une pensée pour toutes les tantes Jeanne et leurs oiseaux, leurs petits chats, leurs géraniums. J’ai une pensée pour la voisine Odette qu’on a enterré vendredi dernier, qui nourrissait les chats du quartier, râlait chaque fois que je la croisais parce que les chats ils n’arrêtaient pas de se reproduire et que ça en faisait vraiment trop et qu’elle savait pas comment ça allait finir cette histoire. Voilà, elle avait 82 ans et un visage de petite fille ce qui n’a rien à voir avec Verso mais peut-être avec la poésie (un peu non ?). 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:23

Bon faudrait quand même se réveiller, c’est presque le printemps. Du coup j’ai lu un peu.

De la poésie :

Décharge 172, décembre 2016 (http://www.dechargelarevue.com/Decharge-172.html)

Ça caresse et rassure parfois, « on vit en se tenant aux lignes comme aux bords d’un bastingage » ou ça claque et surprend quand Yves-Jacques Bouin nous invite à découvrir cette remarquable poète autrichienne, Margret Kreidl, « Rester couché / Ne pas pleurer / Joindre les mains / Ne pas rire / Montrer son derrière / Dire merci / Ne pas s’endormir », on découvre Estelle Fenzy, « nous rassemblons les arbres / et nous crions : forêt », on sourit avec Yves Ellien et on réfléchit avec Claude Vercey, on a plaisir à retrouver Guy Allix et on se quitte avec l’humour pongien d’Igor Quézel-Perron, bref on n’a pas perdu son temps et puis « Contre toutes les apparences / de l’histoire et de nos vies / C’est toujours la bonté qui gagne / la bonté, l’intelligence, la beauté. » Alors…

 

Microbe n°SANG dit l’ULTIME, mars 2017(http://courttoujours.hautetfort.com/sport/)

Dernier rencart du pas de côté de la poésie.

« Garde ton sang-froid pour la tombe.»

« N’importe quel enfant de chœur vous le dira : le sang du Christ a goût de vinasse.»

On salue l’aventure des compères belges.

*

Des romans à caractère social :

Un petit boulot de Iain Levison :

« Je suis un sacré fêlé? Regarde autour de toi, Ken, un monde sans règles. Il y a des gens dont le boulot consiste à faire passer des tests anti-drogue à des employés de magasin. Des gens qui veillent à ce que d’autres n’apportent pas d’arme au boulot. Des gens dans des immeubles de bureaux qui essaient en ce moment même de calculer si licencier sept cents personnes leur fera économiser de l’argent. Quelqu’un est en train de promettre la fortune à d’autres s’ils achètent une cassette vidéo qui explique comment améliorer leur existence. L’économie c’est la souffrance, les mensonges, la peur et la bêtise. »

« Les hôpitaux ferment, les restaurants ferment, même les soldeurs ferment. Pourquoi les postes de police restent-ils ouverts ? Le besoin de punir la populace locale est visiblement plus important que celui de la soigner, la nourrir et l'habiller. »

 

Les tribulations d’un précaire de Iain Levison

« D'accord, nous avons fait des progrès depuis l'édification du barrage Hoover ou depuis que les ouvriers mouraient en construisant les voies ferrées, mais l'attitude des entreprises vis-à-vis de ceux qui accomplissent le travail est restée la même. »

« Au cours des dix dernières années, j’ai eu quarante-deux emplois dans dix États différents. J’en ai laissé tomber trente, on m’a viré de neuf, quant aux trois autres, ça a été un peu confus. (…) Sans m’en rendre compte, je suis devenu un travailleur itinérant, une version moderne du Tom Joad des Raisins de la colère. À deux différences près. Si vous demandiez à Tom Joad de quoi il vivait, il vous répondait : “Je suis ouvrier agricole.” Moi, je n’en sais rien. L’autre différence, c’est que Tom Joad n’avait pas fichu quarante mille dollars en l’air pour obtenir une licence de lettres. »

*

Et toujours des pépites sur le blog de Cyril C Sarot :

Ce matin j’ai écrit, puis j’ai passé l’après-midi à lire Les nuits d'octobre de Gérard de Nerval, suivi de plusieurs pages du journal de Rudigoz, puis d’un chapitre des Frères Karamazov (Le grand Inquisiteur), suite justement à un propos de Rudigoz sur la liberté. Et l'on voudrait me faire croire que j’aurais fait quelque chose de plus noble, de plus urgent, de plus « utile » en consacrant ma journée à chercher un emploi ?


(En réalité, c’est assez simple : ceux qui veulent empêcher quiconque, talentueux ou pas, d’écrire, de lire, de questionner, de mettre en doute, de s'aménager l'espace et le temps de réfléchir à ce qu'il désire, de créer, de rêver, d'explorer, de penser, au profit d’objectifs subalternes qui ne participent en rien de l’élévation de l’être ; ceux-là mêmes sont les ennemis de l’esprit, de l’intelligence, du vivant et pour tout dire : du genre humain.)

Cyril C Sarot blog https://lapoetiquedumoineau.wordpress.com/

 

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Portrait du blogueur

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Je m'efforce d'insérer dans ce blog les annonces des publication des éditions associatives Gros Textes, des billets d'humeur et des chansons de ci de là. Ceci n'ayant rien d'exhaustif.

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pour tout renseignement complémentaire (conditions d'envois et de remises pour les libraires, collectivités...), vous pouvez écrire à gros.textes@laposte.net

bouquinerie

 

 

Les pages ventes par correspondance sont en chantier.

Nous allons tenter dans les semaines qui viennent de proposer à la vente à partir du blog certains livres de notre épicerie littéraire.

Pendant le chantier, si vous tombez sur un bouquin que vous cherchez, vous pouvez envoyer un mail à gros.textes@laposte.net, et on vous dit comment faire.