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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 09:51

Je reste avec Alfonso et son bestiaire qui englobe allègrement quelques objets comme l’indique le titre (Rigoler avec une pantoufle) avec une tendresse toute particulière pour les mouches :

 

« Les mouches sont des saintes, elles ont de toutes petites auréoles qu’on aperçoit à peine, forcément. Si vous mettez une auréole normale, celle de saint Barnabé par exemple, sur une toute petite tête elle ne tient pas la route, elle flotte et le vent l’emporte, de même qu’une chaussure de pointure 45 ne saurait convenir à un joli petit pied délicat. Ne m’obligez pas à articuler des évidences !

 

Les mouches ont une vie très courte, très aléatoire, elles vont et viennent en été seulement, et les chats les bouffent, on les extermine méthodiquement de manière diabolique avec des papiers enduits de colle, on les écrase d’une claque car on les trouve désagréables quand elles se posent sur la peau. Certaines personnes se croient malheureuses et se plaignent sans cesse, je voudrais bien les voir à la place d’une mouche !

 

Elles sont modestes, se contentent de peu, affluent goulûment sur les bouses de vache, elles acceptent sans problème les mets les plus répugnants, franchement j’admire leur sagesse, leur faculté d’adaptation aux conditions les plus difficiles ! Certes, elles ne refuseraient pas des ortolans, mais nous les laissent de bon cœur. Elles sont altruistes.

 

Il paraît que le paradis ne leur est même pas ouvert… voilà une énorme injustice à mettre sur le compte du créateur ! Encore un qui n’aime pas les mouches ! »

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 23:34

Une heure avec Alfonso Jimenez « Rigoler avec une pantoufle », éditions Gros Textes, 2014. https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2014/jimenez-alfonso

 

Un livre que je regrette de ne pas vendre plus tant je suis heureux de l’avoir publié. Un des plus follement déjanté du catalogue. Jimenez donne l’impression de ne reculer devant aucune audace, aucune absurdité, aucune entorse au bon sens pour nous plonger à chaque page dans un délire très personnel. Il définit d’ailleurs ainsi sa personne (dans la Nouvelle Revue Moderne) : « Je suis un adepte fervent du non-agir taoïste : si un beau jour la plume s'agite sur le papier parce qu'une jubilation trop forte la démange, on la laisse faire, ravi, aux anges...une trouée dans les nuages ouvre soudain des chemins favorables aux fantaisies de l'esprit, un petit vent entre les orteils transporte au paradis, une infime dose de bonté libère innocemment, même si l'on n'a pas inventé la poudre qui pète deux fois. On décolle légèrement au ras des pâquerettes.
Que dire de plus concernant ma vie ? Je viens d'Espagne, je suis passé par la France et maintenant, depuis les années soixante, j'ai atterri en Suisse. Je viens d'ailleurs et je vais nulle part, comme dirait plus ou moins Pierre Dac. D'ailleurs, suis-je ? Un bouddhiste dirait : où est l'égo, et d'abord, qu'est-ce ? La brosse à reluire ? J'ai fait plusieurs boulots, mais je préfère les moineaux sur les toits et le frémissement des bleuets !
Compagnons, rigolos de tout bord, atrophiés des biceps mais illuminés du regard, forcenés de la rétine et malmenés de la rate, nos solitudes débouchent à deux pas de l'indicible, là où l'on est quand même moins seul ! »

 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 21:56

Une heure avec Marianne Desroziers, « Ma mère en automne », éd. Gros Textes coll. Alpes Vagabondes https://sites.google.com/site/lesalpesvagabondes/

 

Armand le Poête écrivait dans son premier recueil « C’est amusant les photos de famille, il y a les morts et les pas encore morts ».

 

C’est à feuilleter un album de photos de famille que nous invite Marianne Desroziers avec l’image de la mère disparue au centre, et on visite une vie en une vingtaine d’images et autant de poèmes qui leur font face, à la limite de la poésie, plus près du témoignage brut et sans inutiles fioritures, sans le désir de faire une œuvre, juste dire les choses de la vie, parfois à la limite du style télégraphique, d’une vie avec ses croisements, une vie en petites touches, comme des effleurements. La part belle est faite aux années 60, 70 et leurs couleurs particulières, les années de jeunesse de la mère, une époque dont l’auteur nous restitue délicatement l’ambiance, cabans à carreaux et pattes d’éph, la douche des enfants dans une bassine en fer, vélo et transistor, été à la campagne, hiver à la neige, la légère mélancolie qui serre le cœur, quelque chose de cette « inflexion des voix chères qui se sont tues » mais aussi quelque chose comme un écho de bonheur « Nous avons l’air heureux / Je crois vraiment que nous l’étions / Me trottent dans la tête / des chansons de Nino Ferrer ».

 

Ben allons-y : https://www.youtube.com/watch?v=Mu4fBIxwUCQ

 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 21:12

Une heure avec Olivier Cousin, « Les riches heures du cycliste ordinaire » éditions Gros Textes, https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2017/cousin-olivier.

 

Ou comment transformer un trajet quotidien au boulot à vélo en épopée du dérisoire, de l’ordinaire, du presque rien certes mais de ces riens auxquels nos corps n’ont cesse de s’accrocher. On passe du bonheur délicat, de la minuscule jouissance à la poisse pas trop grave au final. On a des pensées fondamentales « l’amour c’est toujours / nos miettes à rassembler », et des désirs mesurés « Jamais envie / d’arriver / le premier / en tête / les pieds devant », de toute façon on pédale par tous les moyens : « Ce soir sur le chemin du retour / je pédalerais bien avec les oreilles / histoire de voir si accumulées là / les conneries entendues toute la journée /ne produiraient pas assez d’énergie / pour me convoyer gentiment / jusque mon lit »

 

Et un dernier aller pour la route : « MAILLOT À POIS CASSÉS // Ce matin ma pénétration / dans l’air frise le ridicule / Tout comme est presque nulle / ma force de conviction / à faire admettre aux merles / que j’appartiens à leur univers / et que je souhaite y avoir mes entrées / Alors je pédale avec difficulté / vers quelques visages / qui prêtent pour la journée / leurs sourires mécaniques / Ils ne suffiront pas à faire oublier / les trilles moqueurs des merles du chemin »

 

Et une chanson si vous voulezhttps://www.youtube.com/watch?v=QxOSQvrr2E8

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 20:28

Une heure avec La peau froide d’Albert Sánchez Piñol aux éditions Actes Sud.

 

Un huis clos sur une île abandonnée de tout où le héros, vaguement météorologiste vient surtout pour fuir on ne sait quoi. Il y trouve un énigmatique personnage taciturne et revêche porteur également de mystères, accompagné d’une étrange créature, genre de sirène revisitée. Et ensemble ils vont devoir repousser chaque nuit des hordes de monstres cannibales venus de la mer qui veulent leur faire la peau. On a les ingrédients du roman fantastique tirant sur l’horreur (on pense à Lovecraft) qui nous tient en haleine d’un bout à l’autre mais il y a autre chose lorsqu’on s’interroge sur la nature réelle de ces monstres, une réflexion sur l’altérité, la différence, les mécanismes de la peur de cette différence et de ses conséquences, la communication nécessaire avec ce qu’on ne comprend pas au premier abord. Le style est nerveux et efficace et la chute plutôt glaçante.

 

« Nous ne sommes jamais très loin de ceux que nous détestons. Pour cette même raison, nous pourrions donc croire que nous ne serons jamais au plus près de ceux que nous aimons.»

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 21:45

Une heure avec DéDéTé, « Quand je serai grand, je serai dictateur », à paraître très prochainement chez Gros Textes https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2017/dedete.

 

C’est l’histoire ou plutôt le programme d’un dictateur sympa, d’un tyran qui adore les gens, un despote social révolutionnaire, un dictateur poète parfois tendance L’Anselme dans le jeu de mots : « Je reçois une plainte de la dénommée Mme Nuit. Elle s'insurge contre un mauvais payeur qu'elle transporte depuis longtemps dans son taxi. En d'autres termes : la Nuit en a marre de porter Conseil depuis tant de temps. Surtout qu'il est toujours gris. Je conseille à la Nuit d'aller se coucher. Demain il fera jour. », ou parfois avec un caractère plus universel dans une forme de militantisme poético-loufoque : « La poésie sera dans la rue, dans le lit, sous le lit, dans la cuisine, dans la cave, dans l'atelier, dans le grenier – ah ! Cet espace de la rêverie se raréfie, je donnerai des instructions pour que se bâtissent des immeubles où il n'y aura que des greniers, ils seront le comble des rêves – la poésie donc dans la peau, exceptionnellement dans quelques rares livres, dans le jardin, dans les gestes, dans les actes du quotidien, sur les murs j'écris ton nom, sur la lune, sur tes lèvres, sur le Sourire au pied de l'échelle (ça je l'ai piqué à Henry Miller), dans le partage, dans la solitude, dans les tableaux, dans la musique, dans d'exceptionnelles chansons, dans de singulières danses, dans la chorégraphie du vivant, dans l'espace du réel et de l'imaginaire. »

 

C’est bourré de petites trouvailles d’un délire délicat qui sait aussi être profond au point de nous rapprocher sans y toucher des idées qu’ont pu distiller les mouvements utopistes et qu’on retrouve dans nombre de discours alternatifs mais proféré avec un voix d’enfant malicieux, déterminé et conscient lorsqu’il conclut l’ouvrage : « Voilà voilà on arrive... à la fin. Quand je serai grand, je serai Dictateur. Mais pour le moment j'ai envie de jouer. Aux indiens, à cause des plumes. C'est léger et c'est joli les plumes, vous trouvez pas ? » Un bouquin qui devrait faire du bien tant la dérision est un salutaire outil de résistance.

 

Tiens une chanson du dimanche puisqu’on parle de résistance :

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 21:43

Une heure avec la revue Décharge n°171 et chemins de traverse avec Malcolm de Chazal et Ramon Gomez de la Serna.

 

Numéro d’automne que je reprends pour m’assurer d’une proximité d’écriture entre Christophe Jubien et François de Cornière, tous deux au sommaire de ce numéro. Un truc qui ne sert strictement à rien. Ils écrivent et j’aime bien les lire, point.

 

Du premier : « Mon père aurait aimé / que je vende des bagnoles / je n’ai même pas le permis // depuis que je suis né / je ne fais que des choses pauvres // récurer des casseroles / caresser un chien / écrire des poèmes / rester assis une heure et demie // et le temps file… »

 

Du second : « Ce midi j’ai reçu / une lettre de mon père / J’ai tout de suite reconnu / son écriture sur l’enveloppe / - sont gros stylo noir / cette façon bien à lui / de faire les c cédilles… // Au dos de l’enveloppe / il y avait le nom de l’expéditeur : / un inconnu qui m’écrivait / à propos d’un de mes livres… // J’aurais aimé / recevoir des nouvelles de mon père / il m’aurait parlé de lui / m’aurait peut-être demandé / comment ça allait. // En deux ou trois phrases / il aurait pu chasser du ciel / les nuages qui stagnaient entre nous / depuis si longtemps… // Mais mon père était mort / depuis sept ans déjà / et j’ai allumé la radio / pour penser à autre choses. »

 

Un dossier dans ce numéro était consacré à l’écrivain mauricien Malcolm de Chazal, je suis allé passer un moment avec « Sens-plastique » qui traîne sur une étagère de notre bouquinerie itinérante. Je rapproche volontiers cet incroyable auteur d’aphorismes d’un autre, Ramon Gomez. J’ai passé un autre moment avec ses Greguerias qui se trouvaient sur la même étagère. Et les heures passent vite comme ça.

 

« L'espace est la plus grosse de toutes les bouches. » (Malcolm de Chazal)

« Personne ne le remarque, mais ces nuages là sont à l'envers. » (Ramon Gomez de la Serna)

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 21:34

Une heure avec Christophe Jubien, « La Tristesse du Monde », éditions Henry, http://www.editionshenry.com/index.php?id_article=451

 

Ferré dit quelque part que la mélancolie, c’est un désespoir qui n’a pas les moyens. Ça vaut aussi certainement pour cette tristesse qui s’insinue discrètement dans les poèmes de Christophe Jubien. Tellement discrète qu’un humour tout aussi léger n’est jamais bien loin. « Mes pieds crasseux / d’avoir marché nus ce matin / dans des chaussures usées / sous une pluie battante // se reposent un moment / sur le carrelage bleu des toilettes / où je tue le temps / en regardant mes pieds // tout abîmés comme s’ils avaient / grimpé des montagnes / traversé des jungles / usé des steppes / avant de me rejoindre / en ce début de XXIème siècle / où tout reste à faire // le dîner la vaisselle / et le lit des enfants / la guerre aux fous de guerre / et l’amour / puisque c’est avec lui / que je brûle / de refaire ma vie. »

 

C’est rien que du quotidien avec des personnages qui vivent comme ils peuvent, qui meurent parfois parce que c’est l’usage. La misère côtoie le dérisoire, le mari trompé qui se passe la corde au cou et l’égouttoir en plastique bleu sous l’évier d’un gîte où passe le temps des vacances, la vieille maman qui voudrait retenir un peu ses grands enfants, l’ex taulard qui va se le jouer à la Kérouac ce qui lui reste de vie, les vendredis soir au supermarché et la solitude. Et entre tout ça on croise de sublimes graines d’espoir : « … / un jour, je le crois / la beauté reviendra / pas encore, pas de suite / il faut d’abord que je me voûte / m’affaiblisse, rapetisse / il faut du temps, des défaites / d’innombrables deuils / avant de redevenir enfant / et recouvrer tout l’univers / dans l’examen ébloui / d’une goutte de rosée / venue au monde / dans un chou / pas plus sot qu’un autre. »

 

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 21:46

Une heure avec Gros Textes sur les ondes :

 

Ici, sur une radio locale, ça cause poésie chanson française. Pour découvrir quelques chansons de Jehan Jonas et mes goûts musicaux :

http://www.ram05.fr/podcastgen/?name=2017-05-12_la_chanson_dabord-jehan_jonas_rions_de_soleil_12_05-2017.mp3

 

 

Ici je cause avec Christophe Jubien en avril à Durcet :

http://radiograndciel.fr/emissionMP3/route/1720-route-inconnueRGC.mp3

 

 

Et là l’image en plus à Sète avec Luc Vidal l’été dernier pour le festival des voix vives de la Méditerranée où nous serons encore en 2017 du 22 au 20 juillet : https://www.youtube.com/watch?v=L-V4LC7zedU

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 22:06

Une heure avec un roman jouissif comme je m’en régale, « Ábel dans la forêt profonde » d’Áron Tamási, traduit du hongrois par Agnès Járfás, éditions Héros-Limite.

 

C’est le récit initiatique d’un gamin de 15 ans malicieux et facétieux qui rentre, forcé, dans le monde du travail, garde-champêtre à demeure dans une chaumière en ruine, accompagné de fidèles amis, le chien Puce, un matou, une chèvre et un fusil, il voit défiler une faune populaire qui malgré conflits et mauvais coups demeure une authentique famille. Le roman se termine sur la tombe de la mère du jeune homme : « Je me rendis avec Puce sur la tombe de ma mère. J’y fis le serment que, où que mon chemin me conduise, je porterais toujours le drapeau des pauvres et des opprimés. »

 

Une réflexion aussi drôle (les dialogues sont souvent irrésistibles) que douce-amère (l’amour pour le chien borgne que le héros a cru perdu « Viens, Puce ! On s’en va maintenant pour aboyer l’univers entier ! ») sur l’humaine condition et un enchantement de lecture.

 

«Après quoi je me dis: quelle créature mystérieuse que l’homme! Le jour, il lutte contre ce qui est, et la nuit il lutte contre ce qui n’est pas. Et lorsque le jour et la nuit passent, ce qui avait existé devient parfaitement identique à ce qui n’avait pas existé. Quelle curieuse créature! Il a tant d’intelligence, qu’il est capable de fabriquer une arme en acier, comme il est capable d’inventer le diable du néant, mais il ne pourra jamais deviner ce qui arrivera demain, pourtant, il aurait été facile de deviner avant-hier ce qui allait arriver hier.»

 

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Nous allons tenter dans les semaines qui viennent de proposer à la vente à partir du blog certains livres de notre épicerie littéraire.

Pendant le chantier, si vous tombez sur un bouquin que vous cherchez, vous pouvez envoyer un mail à gros.textes@laposte.net, et on vous dit comment faire.