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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:23

Bon faudrait quand même se réveiller, c’est presque le printemps. Du coup j’ai lu un peu.

De la poésie :

Décharge 172, décembre 2016 (http://www.dechargelarevue.com/Decharge-172.html)

Ça caresse et rassure parfois, « on vit en se tenant aux lignes comme aux bords d’un bastingage » ou ça claque et surprend quand Yves-Jacques Bouin nous invite à découvrir cette remarquable poète autrichienne, Margret Kreidl, « Rester couché / Ne pas pleurer / Joindre les mains / Ne pas rire / Montrer son derrière / Dire merci / Ne pas s’endormir », on découvre Estelle Fenzy, « nous rassemblons les arbres / et nous crions : forêt », on sourit avec Yves Ellien et on réfléchit avec Claude Vercey, on a plaisir à retrouver Guy Allix et on se quitte avec l’humour pongien d’Igor Quézel-Perron, bref on n’a pas perdu son temps et puis « Contre toutes les apparences / de l’histoire et de nos vies / C’est toujours la bonté qui gagne / la bonté, l’intelligence, la beauté. » Alors…

 

Microbe n°SANG dit l’ULTIME, mars 2017(http://courttoujours.hautetfort.com/sport/)

Dernier rencart du pas de côté de la poésie.

« Garde ton sang-froid pour la tombe.»

« N’importe quel enfant de chœur vous le dira : le sang du Christ a goût de vinasse.»

On salue l’aventure des compères belges.

*

Des romans à caractère social :

Un petit boulot de Iain Levison :

« Je suis un sacré fêlé? Regarde autour de toi, Ken, un monde sans règles. Il y a des gens dont le boulot consiste à faire passer des tests anti-drogue à des employés de magasin. Des gens qui veillent à ce que d’autres n’apportent pas d’arme au boulot. Des gens dans des immeubles de bureaux qui essaient en ce moment même de calculer si licencier sept cents personnes leur fera économiser de l’argent. Quelqu’un est en train de promettre la fortune à d’autres s’ils achètent une cassette vidéo qui explique comment améliorer leur existence. L’économie c’est la souffrance, les mensonges, la peur et la bêtise. »

« Les hôpitaux ferment, les restaurants ferment, même les soldeurs ferment. Pourquoi les postes de police restent-ils ouverts ? Le besoin de punir la populace locale est visiblement plus important que celui de la soigner, la nourrir et l'habiller. »

 

Les tribulations d’un précaire de Iain Levison

« D'accord, nous avons fait des progrès depuis l'édification du barrage Hoover ou depuis que les ouvriers mouraient en construisant les voies ferrées, mais l'attitude des entreprises vis-à-vis de ceux qui accomplissent le travail est restée la même. »

« Au cours des dix dernières années, j’ai eu quarante-deux emplois dans dix États différents. J’en ai laissé tomber trente, on m’a viré de neuf, quant aux trois autres, ça a été un peu confus. (…) Sans m’en rendre compte, je suis devenu un travailleur itinérant, une version moderne du Tom Joad des Raisins de la colère. À deux différences près. Si vous demandiez à Tom Joad de quoi il vivait, il vous répondait : “Je suis ouvrier agricole.” Moi, je n’en sais rien. L’autre différence, c’est que Tom Joad n’avait pas fichu quarante mille dollars en l’air pour obtenir une licence de lettres. »

*

Et toujours des pépites sur le blog de Cyril C Sarot :

Ce matin j’ai écrit, puis j’ai passé l’après-midi à lire Les nuits d'octobre de Gérard de Nerval, suivi de plusieurs pages du journal de Rudigoz, puis d’un chapitre des Frères Karamazov (Le grand Inquisiteur), suite justement à un propos de Rudigoz sur la liberté. Et l'on voudrait me faire croire que j’aurais fait quelque chose de plus noble, de plus urgent, de plus « utile » en consacrant ma journée à chercher un emploi ?


(En réalité, c’est assez simple : ceux qui veulent empêcher quiconque, talentueux ou pas, d’écrire, de lire, de questionner, de mettre en doute, de s'aménager l'espace et le temps de réfléchir à ce qu'il désire, de créer, de rêver, d'explorer, de penser, au profit d’objectifs subalternes qui ne participent en rien de l’élévation de l’être ; ceux-là mêmes sont les ennemis de l’esprit, de l’intelligence, du vivant et pour tout dire : du genre humain.)

Cyril C Sarot blog https://lapoetiquedumoineau.wordpress.com/

 

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 20:25

Et voilà les trois dernières publications Gros Textes 2016.

 

Le dernier oiseau du solstice de Jean-Pierre Gandebeuf

Un recueil de poésie foldingue mais d’une foldinguerie parfaitement maîtrisée, tout ce que j’aime.

 

« L’amour est un acquis précieux qu’il ne faut pas galvauder : /  une petite réserve pour les nuits sans lune, sous / l’ensauvagement précieux des bocages et des sites / d’anachorètes perpétuellement soumis au silence, c’est tout. »

 

« Je ne saurais faire beaucoup mieux qu’assez bien. Telles / sont mes limites. Si je m’accoude au bar, c’est pour méditer / sur Pluton et boire les yeux fermés deux décalitres de fleurs / de framboisier. Il ne faut jamais changer d’encre. »

 

Le bubon de Florentine Rey

La première rencontre avec Florentine ce fut sur une scène d’un théâtre de poche à Sète pendant de festival des voix vives. J’avais adhéré à cette poésie performé qui met en joie et en éclats de rire.

https://www.youtube.com/watch?v=9p9BkLEyzzo

Dans Le bubon, avec trois fois rien, un bout de dérisoire, Florentine nous dessine une métaphysique du minuscule insolite.

« Quand il dégonfle la peau plisse. //
Le BUBON est un frisson, un frisson de chair de poule, une petite mort dans la bouche. / Le BUBON : une fenêtre ouverte sur l’au-delà. / Messager du divin ? / Dieu venu mettre son grain de sel dans ma bouche ? / DIEUBUBON récupère ta marmaille ! // Et si produire des BUBONS c’était donner forme à la mort ? / Et si le BUBON m’empêchait de mourir ? »
 

Cannibale Bambou de Thierry Renard

C’est un qui regarde sa vie du haut de ses cinquante balais. Et ça nous cause d’amour, de temps qui passe, du monde comme il va ou ne va pas, de la société déglinguée qu’il faut bien prendre du temps pour la reglinguer, il appelle ça faire de la politique, et ça cause aussi poésie, littérature et quotidien, de sexe, de tristesse et de joie, d’enfants et de petits enfants. Il a des postures de grand ado le Thierry dans l’écriture, une poésie naïve qui fonce droit sans regarder en se foutant bien de la bienséance littéraire. Je suis ravi de finir 2016 avec ça.

« La voix et le souffle m’ont été donnés / la voix et le souffle ainsi que la musique des mots / la musique des paroles pauvres abandonnées / et tout le bruit que font / les gens qui parlent une autre langue que la mienne / et tout le bruit qui m’est renvoyé à la face aux oreilles / Il est minuit et je me penche sur moi-même / Il est midi et je rouvre enfin les yeux / Nice place Garibaldi rue Rusca et le port / j’ai longtemps marché sous le soleil / me suis assis aux terrasses ai bu un café et un autre / puis une menthe à l’eau glacée / un Perrier avec une rondelle de citron / Avec moi trois compagnons d’infortune / trois illustres naufragés rescapés / Allen Ginsberg Nick Tosches Pasolini / Avec moi trois passagers clandestins...»

 

Et dans notre épicerie littéraire, place du village à Châteauroux-les-Alpes, on peut trouver (peut-être) Les hauts-quartiers de Paul Gadenne, éd. Points seuil.

Un gros pavé que l’on peut qualifier légitimement je crois de Dostoïevskien tant l’analyse psychologiques des personnages y est poussée autour de personnages dont on ne parvient pas à épuiser la complexité avec en parallèle une analyse d’une société de l’après-guerre où une bourgeoisie bousculée réaffirme son pouvoir misérable sur le dos des plus faibles. Au centre du propos, il y a un héros trainant une existence trop lourde et qui prétend maladroitement réaffirmer en pure perte une simple liberté de penser dans un monde d’hypocrisie.

« Didier ressentit devant Lucien l’espèce de respect compatissant que l’on éprouve pour ceux qui ont souffert à notre place. Car nous avons tous mérité d’être malheureux, trahis, malades, déportés, et il y en a quelques-uns seulement qui paient pour nous. Nous avons tous mérité de naître sans patrie et d’être persécutés à cause d’un signe que l’Ange a inscrit pendant la nuit de notre naissance sur notre visage ou notre porte – et seuls quelques-uns le sont. »

Et pour illustrer un document qui rend compte de l’œuvre et de l’auteur : http://www.ina.fr/video/CPF10005871

 

Et un peu de tendresse libertaire pour finir l'année avec un qu'il faut pas oublier : 

« …Moi j’voulais simplement /  Qu’on me parle d’amour / Qu’on m’dis’ les homme’s les chiens / Sans qu’ça tourne au discours / Qu’on m’dis’ les mains les bras / Mais qu’on m’ dis’pas les poings / Les poings ça sert à rien / Qu’à matraquer dans l’tas / / Les flics ça suffit bien / Puisqu’on les paye pour ça… »

 

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 20:26

Le 22 décembre 1991, paraissait notre première publication, le numéro 1 de la revue.

J’avais écrit ceci en guise d’édito :

 

« J’ai quelque chose à dire et c’est très court » (Louis Scutenaire)

Ecrire comme nous faisons, oblique et transversal, c’est peut-être simplement la façon pour nous de devenir un peu plus ce que nous sommes déjà : des synthèses d’urgence et de patience.

Nous serons brefs… Notre revue n’étant qu’un tout petit lopin de terre perdu dans l’immensité littéraire, nous serons les apôtres de la concision et des genres qui s’y rattachent, à savoir : histoires et essais de six pages, nouvelles de deux, poèmes d’extrême contraction, pensées, citations et aphorismes, bref, la revue de celles et ceux qui n’ont pas que ça à faire, qui ont petit lopin de terre à retourner.

 

J’ai fait une pause d’un peu plus de six mois histoire de voir comment dessiner les 25 prochaines années. Et bien, c’est pas encore très clair mais je vous tiendrai au courant.

 

En attendant, je conseille toujours le blog de Cyril Sarot, qui pourrait condenser sans en avoir l’air l’âme grostextique telle que j’aurais pu la rêver :

« Il est urgent de se forger une langue libérée qui saura s'opposer à la langue libérale. Une langue insoumise et charnelle, pulsée de fous rires et d'audace, de silences et d'éclats, d'invention et de rêve, de nerf et de désir. »

Cyril C. Sarot

https://lapoetiquedumoineau.wordpress.com/2016/10/30/semaine-32/

Elle est née sans même laisser une lettre pour expliquer son geste.

https://lapoetiquedumoineau.wordpress.com/2016/11/06/semaine-33/

 

 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:59

Ces derniers temps j’ai fabriqué

Les tessons du temps de Patrice Angibaud

À mon père (1925-2005)

Tu portes désormais / Des couches-protections // Ils ont mis des barreaux / Sur les bords de ton lit // Les mots que tu prononces / Sont longues litanies / Incompréhensibles //  Tu ne saisis plus rien / De ce que l’on te dit… // Je pourrais écrire / Que tu es revenu à la case / Départ

Que tu retournes à ta naissance / À ton berceau // Ou que ton langage / Est déjà celui de l’au-delà // Quelque chose de poétique / De beau et de mystique / Comme on entend parfois… // Mais ce serait oublier ton visage / Immensément douloureux / L’expression indéfinissable / De tes yeux // Ce serait me débarrasser de toi / Mon père / Me débarrasser de ta mort / Et à bon compte me rassurer / Que d’aligner de tels clichés… // On est prié de circuler : // La poésie n’a rien à voir ici.

 

Effeuillage d’Alain Chiche

Rappelle-toi de m'oublier

Rappelle-toi de m'oublier / Chaque jour du calendrier. / Lundi de Pâques, jours fériés, / Tu seras bien entouré. / Inutile de t'aplatir, / Même dans ma ligne de mire. / Merci aussi de ne pas m'écrire, / Même si tu as envie de rire. / Ne cherche pas à me parler / En cachette, en dérobée, / Je ne suis pas disposé / À te laisser m'intoxiquer. / Au pôle nord, en Sibérie, / Tu seras bien mieux loti. / Continue de te chercher, / Tu finiras par m'oublier.

 

Luberon Malakoff de Thierry Roquet

On entend des choses / à la télé / on lit des choses / aux infos / je dors de plus en plus mal / je me prépare au pire / je voudrais  / une ville / qui ne soit pas un soleil froid / où les corps tombent / comme des mouches

et Hélène Dassavray

Nous avons / pour les mouches / suspendu des guirlandes / de papier collant / nous avons fabriqué des cercles / pour attraper nos rêves / plié en quatre le futur / un mouchoir par-dessus

 

Photomaton de Michel Lamart

Amitié

Les amis intelligents ne sont pas ceux qui ont des idées, mais ceux dont le silence vous en donne.                            Roland Barthes

- Comment être ami avec plus grand, plus fort que soi? demande l'Idiot au Maître. / Le Maître ne répond pas. / Il demeure étrangement absent. / Hors du monde.  / Perdu dans ses pensées. / L'Idiot, timidement, repose sa question. / Le maître reste impassible. / Tous deux vaquent à leurs occupations. / Le silence envahit l'espace. // Au bout d'un moment, le Maître s'adresse à l'Idiot: / - Voudriez-vous m'aider à déplacer cette montagne? / Son doigt montre le vide. / L'Idiot reste sans voix. / Le Maître repose sa question. Plus fermement. / - Mais je ne distingue ici aucune hauteur qui me puisse faire songer à une montagne! dit l'Idiot penaud. /

- C'est que votre amitié exclut toute confiance, dit le Maître. Craindriez-vous ce qui est plus grand que nous?

 

On peut voir ces livres et les commander avec

https://sites.google.com/site/grostextes/

et https://sites.google.com/site/lestilleulsdusquare/

ou encore : https://sites.google.com/site/lesalpesvagabondes/

 

 « Nous avons les images de notre vie. Par exemple nous traversons seul une grande place déserte. Ou bien nous marchons dans un sous-bois avec une jeune femme et le désir se fait de plus en plus pressant – et la réalisation du désir de plus en plus oppressante. Ces instants furet ; et aujourd’hui ils sont loin. La grande place est étrangère, le désir s’est évanoui. On sait aussi, qu’à force, de place en place, et de désir en désir, on meurt. »

Jean-Pierre Georges

  « Croyez-moi, les réformes sérieuses, il faut que les gens comprennent qu’ils doivent les faire eux-mêmes. Tant qu’ils goberont des trucs comme… la délégation des pouvoirs, le sens des responsabilités, la patience, l’autodiscipline et tout ce qui s’ensuit… rien ne peut bouger. » Dario Fo

 Sinon ben le blog Gros Textes repart après plus de 6 mois de pause pour s'inventer une actualité la plus riche et gouleyante possible. Merci de vos visites et commentaires pendant que j’étais pas là.

Et une chanson pour (re)commencer, "le bout du monde à vol d'oiseau n'est pas si dur"

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 20:50

Quelques un(e)s ont remarqué qu’il ne se passait plus rien sur le blog comme sur le site de Gros Textes. Je les en remercie.

J’ai fait une petite pause de près de 6 mois où je n’ai assuré que le minimum à savoir les livraisons des commandes et quelques rééditions. J’ai également participé à plusieurs salons et festivals et joué dans quelques spectacles de poésie avec mon compère musicien Dominique Oury accompagné un coup par Karin Huet et Rafaële Mamane ou encore la clown Marguerite. On a également réfléchi à une restructuration de notre vie associative avec l’arrivée de nouvelles salariées et de nouveaux projets (résidence d’auteur, lieu culturel…). Je suis également devenu retraité de l’éducation nationale. « Tiens, c'est le fond de la bouteille / Ça y est nous voilà vieux ma vieille »
Normalement, l’édition devrait repartir à l’automne avec quelques nouveautés qui auront du coup entre 6 mois et un an de retard. Gros Textes devrait se décliner à l’avenir sous forme de collections de façon plus claire qu’aujourd’hui, certaines étant assurées par d’autres que moi.

Et puisque nous sommes le 15 août, j’ai une pensée pour le chanteur Allain Leprest qui a choisi ce jour de l’année pour filer il y a 5 ans.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 20:53

QUELQUES NOTES

 

Souvent j'écoute une chanson parce que j'y décèle un mot,

un ton, une image vraie,

tout étonnée d'être sa mélodie.

 

Chaque fois j'espère qu'elle va coaguler l'introuvable plaie.

 

Jean-MIchel Robert  (1956-2016)

 

http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Jean_Michel_ROBERT-133-1-1-0-1.html

 

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 20:23

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

Cette semaine, j’ai fait cette conférence (bien grand mot peut-être) sur la poésie contemporaine à la BDP de Gap en compagnie de Sophie Braganti en résidence actuellement dans le coin et joué le spectacle Gros Textes « L’espace d’un soupir » (musiques de Dominique Oury) dans la foulée.

J’ai lu Microbe 94, la revue qui est tout sauf de la revue, http://courttoujours.hautetfort.com/sport/

« … Il attendait d’écrire. L’éditeur trépignait. L’imprimeur faisait les cent pas. Les libraires en avaient la gorge sèche. Et les lecteurs… les lecteurs étaient à l’agonie.

Il attendait d’écrire.

Mais grand dieux, qu’attendait-il… »

(Marc Menu)

Cette semaine j’ai mis la dernière touche à mon recueil « Il faut repeindre le moteur » dont je suis à la fois auteur, éditeur, imprimeur, difuseur, libraire et lecteur, c'est dire si je trépigne. Sortie début avril normalement. 

« IL FAUT REPEINDRE LE MOTEUR

Allons recouvrir l'horizon d'un mouvement lent de mâchoires, ruminants que nous sommes. Un chemin de mousse serpente sur ce versant. Tu as fait une belle promenade en compagnie des vaches. Maintenant tu rumines, tu laves la mémoire. Tu repasses les impressions froissées. Tu t’en vas germer dans un couloir très sombre, tu maquilles la douleur au fard des belles résolutions, tu lessives l'espérance. L'abîme cogne contre le château des évidences; et toujours contre ce château, tu dresses des soirs de brume, les chaussures de la pesanteur, l'alcool des nuits illisibles, le balancement d’un squelette, la fleur d'ennui qui poétise le tourment. Ton chant casse la croûte dans la bouche des ruminants, s'imbrique à l'œuf sidéral. À chaque ligne c'est comme si tu dictais tes dernières volontés. Tu remplis le petit cochon rose, la tirelire des instants à paître paisibles et repus. Le moteur tourne en harmonie avec le désir. On a bien oublié un sac d’affaires dans une chambre ou une gare mais... C’était il y a longtemps. Il y a très longtemps. Les jours s'en vont toujours sur un chemin pavé d'amphores perdues au fond des draps. »

 

J’ai relu Baleine de Paul Gadenne en pensant à une amie qui vient de perdre sa maman.

Une étonnante nouvelle d’un auteur qu’on aurait tort d’oublier. Un texte tout en délicatesse et sensibilité, dense et poétique autour du cadavre d’une baleine blanche échouée sur une plage.

« Ce blanc aurait pu être celui de certaines pierres, dont l'effort vers la transparence s'est heurté à trop d'opacité, et dont toute la lumière est tournée vers l'intérieur. Mais on distinguait, par endroits, des tâches d'un vert fondant et, prés de la tête, des serpentements mauves ou bleu ciel, fort subtils, qui disaient bien leur appartenance. Les teintes de la mort sont exquises: parfois nous croyions voir s'entrouvrir une rose. Devant cette chose qui ressemblait plus à un catafalque qu'à une bête morte, devant ce monument orné de signes délicats, qui viraient ça et là au colchique ou à la violette fanée, nous étions pris d'un doute- à quoi s'ajoutaient par moments, d'une façon bien inattendue, la sorte d'inquiétude qu'on ressent au chevet d'une personne malade. »

 

Et bien sûr mercredi on manifestait dans les rues d’un peu partout.

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 20:37

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

Cette semaine j’ai retiré un bouquin de Morgan Riet, Du côté de Vésanie

https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2012/morgan-riet

et un autre de Bruno Berchoud

https://sites.google.com/site/grostextes/ (en bas de la page)

 

J’ai fignolé mon intervention à la BDP des Hautes-Alpes du 10 mars au sujet de la poésie contemporaine (cf semaine dernière). Fignolé également mon prochain bouquin, Il faut repeindre le moteur, à paraître le 1er avril. Fignolé également le spectacle que je propose le 10 mars également à la BDP L’espace d’un soupir. Fignolé également un autre spectacle Gros Textes que nous allons créer le 9 avril à Embrun. On met en voix avec Karin Huet des poèmes publiés par Gros Textes ces 5 dernières années, Dominique Oury a composé des musiques sur ces textes. Il nous accompagne au synthé et à la clarinette pendant que Rafaële Mamane propose des interventions chorégraphiques. On n’a encore jamais fait ça nous autre.

 

Tiens ceci pour illustrer cela.

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 20:37

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

Cette semaine j’ai lu

« entre ciel et terre » de Jón Kalman Stéfánsson, folio

Une somptueuse histoire de gamin, de vie difficile, de froid meurtrier et de poésie.

« Nous passons notre existence à la recherche d’une solution, d’une chose qui nous console, nous apporte le bonheur et éloigne de nous tous les maux. Certains empruntent une route longue et difficile ; peut-être ne trouvent-ils jamais rien, à part l’ombre d’un but, l’esquisse d’une solution ou une forme d’apaisement dans la recherche elle-même, quant à nous, les autres, nous admirons leur ténacité, mais il nous est déjà assez difficile de nous contenter d’exister et, au lieu de chercher, nous avalons l’élixir de vie venu de Chine en nous demandant constamment quel est le chemin le plus court vers le bonheur, question dont nous trouvons la réponse dans Dieu, les sciences, le brennivin, l’élixir venu de Chine. »

 

« Il est facile de se bercer d'illusions lorsqu'on est seul, on peut presque se fabriquer une personnalité, se montrer plein de sagesse, de mesure, avoir réponse à tout, mais il en va autrement parmi les gens, la chose nécessite un effort, là, tu n'es plus aussi mesuré, absolument pas aussi sage, parfois, tu n'es même qu'un fichu crétin qui débite toutes sortes d'âneries. »

 

« Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l'existence était impensable sans lui : touché ! dit la mort, alors, la vie s'évanouit en une fraction de seconde et la personne se transforme en passé. Tout ce qui lui était attaché devient un souvenir que vous luttez pour conserver et c'est une trahison que d'oublier. Oublier la manière dont elle buvait son café. La manière dont elle riait. Cette façon qu'elle avait de lever les yeux. Et pourtant, pourtant, vous oubliez. C'est la vie qui l'exige. Vous oubliez lentement, mais sûrement, et la douleur peut être telle qu'elle vous transperce le cœur. »

 

J’ai lu également (parfois survolé) « Habiter en poète » de Jean-Claude Pinson (Champ Vallon), « La poésie comme l’amour » de J.M. Maulpoix (Mercure de France), ou « Poésie et Figuration » de J.M. Gleize (Seuil). C’était pour préparer un exposé sur la poésie contemporaine (depuis 1950) que je dois faire dans le prolongement d’un de nos spectacles à la BDP des Hautes Alpes le 10 mars. J’ai trouvé incroyable et scandaleux que dans aucun de ces trois universitaires ouvrages aucun des trois poêtes que je considère comme majeurs ces 60 dernières années (à savoir Jacques Bertin, Bernard Dimey, Eric Dejaeger et Armand le Poête) ne soit ne serait-ce qu’une seule fois cité. C’est moche.

Dans le seul « Habiter en poète » de Pinson, Bonnefoy est cité plus de 30 fois, et Juvin pas une seule alors que c’est aussi bien non ? Mieux ? C’est triste et ça qui interroge non ?

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 21:54

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

Cette semaine j’ai lu

Blanc de Thomas Vinau, éditions initiales, http://www.initiales.org/Blanc.html

Après Le noir dedans chez cousu main, Les Ailes grises chez les Venterniers, Des salades (vertes ?) chez Donner à voir et Bleu de travail à la Fosse aux ours, notre auteur arc-en-ciel peint un ensemble de textes genre post apocalyptique de toute beauté énigmatique et fascinant « Peut-être mes mains se souviennent-elles de quelque chose. Peut-être mes pieds ou mon ventre. Ma langue ne sert à rien ici. S’il le fallait pour survivre, nous pourrions la manger. »

 

Le roi de Kahel de Tierno Monénembo, point seuil

Le héros Aimé Victor Olivier de Sanderval est mort en 1919 au château de Montredon où j’ai passé mon enfance. Je l’ignorais. C’était un colonisateur sympa et le roman plutôt agréable  dresse une image bon enfant de la colonisation française en Afrique. Bon. J’en ai profité pour réécouter des conférences de l’historien Henri Guillemin :

https://www.youtube.com/watch?v=aF1xPL05KAw

https://www.youtube.com/watch?v=sFfLNwgi_Qo

tout en rééditant quelques bouquins de Thomas Vinau « Les chiens errants n’ont pas besoin de capuche » et « Fuyard debout » https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2010/vinau-thomas

 

Une vraie boucherie de Bernard Jannin, j’ai lu

Du côté de Montredon, mon père était boucher. Ce court roman dont l’action se situe dans les années 60 évoque le monde du petit commerce avec un certain bonheur et une pointe de délire.

 

Le jour avant le lendemain de Jørn Riel, 10/18

Là on est du côté du chef d’œuvre genre « le vieil homme et la mer ». La vieille Ninioq voit sa tribu exterminée et se retrouve seule avec son petit fils un hiver polaire… C’est aussi tendre que cruel et laisse une trace profonde sur le lecteur. « Tout était éternel. L’immense nature ne pouvait être anéantie, et l’homme ne faisait-il pas partie de cette nature? Tout ce qui était vivant poussait, se reproduisait et mourait au même rythme éternel que les changements de saison. »

 

Cette semaine j’ai également réédité « Huit bouffées de sagesse papaoute », notre best seller de Karin Huet, https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2010/huet-karin.

 

Une chanson pour lier tout ça...

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Portrait du blogueur

dans un spectacle Gaston Couté

couté

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pourquoi bloguer

Je m'efforce d'insérer dans ce blog les annonces des publication des éditions associatives Gros Textes, des billets d'humeur et des chansons de ci de là. Ceci n'ayant rien d'exhaustif.

pour commander des livres

Si des ouvrages présentés dans ce blog vous intéressent, vous pouvez les commander en envoyant un chèque correspondant à la somme indiquée (+ un forfait port de 1 €) à l'adresse des éditions :
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes

pour tout renseignement complémentaire (conditions d'envois et de remises pour les libraires, collectivités...), vous pouvez écrire à gros.textes@laposte.net

bouquinerie

 

 

Les pages ventes par correspondance sont en chantier.

Nous allons tenter dans les semaines qui viennent de proposer à la vente à partir du blog certains livres de notre épicerie littéraire.

Pendant le chantier, si vous tombez sur un bouquin que vous cherchez, vous pouvez envoyer un mail à gros.textes@laposte.net, et on vous dit comment faire.