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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 21:51

 

31 - Carnets d’oflag, proses et critique littéraire de Georges Hyvernaud, préface de Jean José Marchand, éditions Ramsay

« Divertissements. On taille des petits bouts de bois. On fabrique des horloges, des boîtes, des jeux d’échecs. On s’émerveille de sa patience et de son ingéniosité. On bricole et on peinturlure, comme le prisonnier de Vigny tresse la paille pour oublier. Et ça finit par faire une espèce de vie très vivable, et même affairée et essoufflée. Excusez-moi, disent-ils, je suis très pris. Ils s’étonnent que les journées passent si vite. Ça doit être aussi la réflexion de l’écureuil quand il fait tourner tout un jour les barreaux de sa cage. »

 

30 - Lettre anonyme, nouvelles et autres inédits de Georges Hyvernaud, préface de Roland Desné, éditions Ramsay

« J’ai mis du temps à reconnaître mon inconsistance politique. Au sortir de l’adolescence, il m’arrivait d’assister à des meetings et d’y pousser comme tout le monde des cris qui n’étaient pas dépourvus de sincérité. J’ai même, une fois, défilé, avec plusieurs milliers de types, derrière des pancartes et des drapeaux. C’est ce que des journaux, à l’époque, appelèrent un sursaut d’indignation populaire. Je ne sais plus au juste, à présent, ce qui nous indignait. Je ne me rappelle que l’écœurante fatigue de ce piétinement grégaire sous le soleil de juin. Notre indignation sentait la sueur. On se traînait comme un enterrement, comme un régiment qui revient des manœuvres. A toutes les fenêtres, des familles digéraient en nous regardant marcher. Ça a duré des heures, et puis le cortège s’est émietté. C’est ce qu’il y a de plus triste dans les cortèges. Je me suis retrouvé seul parmi les passants éreintés. Seul comme une huître. La grande déception des dimanches soirs pétrifiait les gens aux terrasses des cafés. Ils considéraient sans entrain le dernier verre de leur journée. Encore un dimanche d’épuisé. Ils l’avaient vidé de toutes ses joies, passé au presse-dimanches.»

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 20:44

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

28 – Et pour terminer avec ce même numéro de Décharge, ceci de Claude Held :

« La santé est un bien précieux. On se doit de la cultiver comme un bonzaï. Il ne faut rien laisser au hasard. A défaut de sécateur, utiliser un bistouri. Tailler ici, inciser là. Les bistouris sont en vente libre depuis peu. On peut s’en procurer un assortiment pour un prix raisonnable. Dans les moments de désœuvrement, on se rendra utile en opérant ses amis et voisins à titre préventif. Perforer est une performance qui demande un certain doigté. Ne pas oublier de prendre sa tension et celle des autres. Etre en bonne santé ne veut pas dire qu’on n’est pas malade. On est malade d’attendre. On meurt d’envie d’être dans un monde meilleur. Des pilules permettent d’attendre le paradis. Il n’y a pas encore de pilules pour en revenir.  On n’en revient pas. On n’en revient pas d’être là. »

 

27 – Dans le même numéro de Décharge qu’hier, plaisir de croiser Saïd Mohamed, depuis la lecture de son roman « Un enfant de cœur » (j’avais dû le chroniquer dans Gros Textes en 1998…), ses textes trouvent toujours un écho chez moi. Il fut voisin de stand en juillet 2014 aux voix vives de la Méditerranée à Sète.

« Bon Dieu, voilà la soixantaine et de tut ce temps / Où nous égarions nos pas sur le front l’amertume, / Jetés à trac dans un baluchon, curant les aventures / Volant aux instants un peu de merveille / Avec le sifflement des vents dominants aux oreilles / Qu’en ai-je fait ? Inutile vie, temps à l’imparfait / Rédemption sur tout cela, Culpa mea culpa, / je n’ai pas donné le fruit, encore moins le sens / buvant le vin mauvais, cultivant l’esprit de désespérance »

*

« Un rasta assis sur le sol, un carton sous les fesses / joue du didjirido. Sur son ardoise il a écrit : / Un euro s’il vous plait pour m’offrir ma ganja et des filles de joie. / C’était sûrement un poète. / Les mots de l’amour ont d’étranges résonnances »

 

26 - Décharge 165, revue trimestrielle, Alexis Pelletier / Daniel Abel / Saïd Mohamed / Danielle Fournier / Denise Mützenberg / Claude Held / François Coudray / Jean-Marc Proust, revue poésie.

http://www.dechargelarevue.com/

J’ai signalé plus haut (bas ?) une lecture d’un ouvrage à deux voix, Luce Guilbaud et Danielle Fournier. Je découvrais la deuxième. Dans ce numéro de Décharge, elle est présentée par la première à travers un entretien et un choix de textes.

« J’ai du mal à vivre dans notre société, ce dont je parle dans tous mes livres. J’ai du mal à vivre la totale marchandisation, celle de l’intelligence, de l’âme, du corps, des émotions. J’aime la générosité, le don et je crois à la poésie, cette si mal aimée… »

*

« Il y avait dans ce nom, les noms des montagnes, l’odeur du lilas, celle des pommes. Au centre du monde, le monde lui-même, comme venu au monde. Dire l’air, la pluie sur la tôle, les bleuets. La terre n’appartient à Personne.

Mais, puisqu’il y a un mais, comme si la terre était. Était.

Fragile.

Dis-moi, cet oiseau. »

 

24-25 – Un mail de Claude Vercey m’apprend le décès de Michel-François Lavaur. Sa revue « Traces » à l’étonnante longévité fut pour Gros Textes une sorte de grande sœur. Nous en partagions le caractère résolument artisanal où l’on privilégie la colle et la paire de ciseaux, le dessin appliqué au rotring qu’on cale le plus droit possible, l’assemblage une feuille après l’autre en tournant autour d’une table. Comme Michel-François Lavaur, il y a de fortes chances pour que je parte sans avoir su me servir de photoshop.

http://www.michelfrancoislavaur.fr/LAVAUR/pagedepresentation.htm

http://www.dechargelarevue.com/I-D-no-553-Michel-Francois-Lavaur.html

 

 23 - La société des affects de Frédéric Lordon, Seuil

« Dans nos idées, (si) nous n’y sommes pas pour rien… nous n’y sommes pas pour tout (comme le croit le mythe néolibéral de l’autosuffisance épistémique). Parfois même nous n’y sommes pas pour grand-chose : de là d’ailleurs que de si nombreuses personnes, toutes intimement persuadées de « penser par elles mêmes », finissent – quelle surprise ! – par penser les mêmes choses. Il y a donc sans doute autant de philosophie que dans bien des philosophies dans cette succulente brève de comptoir qui résume les choses à sa façon : « Moi, j’écoute pas les hommes politiques, je me fais mon opinion tout seul, et ça m’empêche pas d’avoir la même opinion que tout le monde, au contraire ! » (Jean-Marie Gourio, brèves de comptoir 1995) – soit en quelques lignes anisées l’intégralité de la dialectique hégéliano-spinoziste de la pensée critique… »

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 20:50

22 - Le chanteur à qui je pense ce soir c'est Jacques Debronckart. Je sais qu'il a accompagné au piano Fanon et Boby Lapointe avant de se lancer. J'ai en tête quelques unes de ses chansons, "Je suis comédien", "Adélaïde" ou bien un hommage à Bernard Dimey. Il est mort le 25 mars 1983. "Je suis heureux" fleure bon la critique de la société de consommation.

 

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

21 - Dust (au cœur de ce pays) de J.M. Coetze, traduit de l’anglais par Sophie Mayoux, éd. Maurice Nadeau (1985)

« … c’est de ma propre voix que j’ai énoncé ma vie, d’un bout à l’autre (quelle consolation), j’ai choisi à chaque instant ma propre destinée, qui est de mourir ici, dans ce jardin pétrifié, derrière les barrières cadenassées, près des ossements de mon père, dans un espace qui vibre de l’écho d’hymnes que j’aurais pu écrire mais n’ai jamais écrits, parce que (pensais-je) c’était trop facile. »

 

20 - Iris de Danielle Fournier et Luce Guilbaud, éditions l’Hexagone

http://www.edhexagone.com/iris/danielle-fournier/livre/9782890069138

« Un océan entre nos mots / toi et moi nous nous tenons par le livre / des courants sous  le sable / avec rumeurs de temps / des bois flottés     des messages à la mer / pour le trajet des éveillées // maintenant je marche dans le marais / les iris jaunes rapides / jeunes cigognes au nid / l’air est plein de cris (de chants ?) / nous partageons les mots // Je comptes aussi sur le rosier / un livre veut rassembler la terre / les digues aussi et l’horizon ouvert. »

(Luce Guilbaud)

 

19 - Iris de Danielle Fournier et Luce Guilbaud, éditions l’Hexagone

http://www.edhexagone.com/iris/danielle-fournier/livre/9782890069138

« Un moment, un seul instant, l’orage avant le soleil du mardi. C’est la Pentecôte, des langues de feu tombées sur nous pendant que nous errons sur des continents marqués du sceau de la déportation, des génocides, des meurtres et des abandons en pleine mer.

Nous disons des mots sages pour repousser la mort et présentons nos mains à la chaleur pour que cesse et s’arrête en nous ce froid glacial.

Et pourtant.

Habitons-nous nos corps ? Avons-nous accroché nos peaux aux patères si dégingandées qu’elles ne supportent aucun poids, aussi léger soit-il ? »

(Danielle Fournier)

 

18 - Fragments du journal d’Orphée suivi de La musique n’adoucit pas les peurs d’Olivier Cousin, illustrations de Violaine Fayolle, éditions Kutkha

http://www.editions-kutkha.com/catalogue5.html

– Au bistrot du coin –

Bu une chopine avec le roi Dagobert. Il n’avait pas du tout l’esprit embrumé. Réconfort de bon aloi. Ne m’a pas laissé m’apitoyer. M’a remis le désespoir en place et les idées noires d’aplomb.

–  Vase de nuit –

Au coucher je dépose mes plaintes dans un récipient profond sur lequel je me dépêche d’apposer une fermeture hermétique.

Un drôle d’objet poétique non identifié.

 

17 - L’ombre que les loups emportent de Christophe Dauphin (poèmes 1985-2000) préface de Jean Breton, Les Hommes sans Épaules éditions,

http://www.leshommessansepaules.com/livre-L_Ombre_que_les_loups_emportent-71-1-1-0-1.html

Je retrouve un peu estompée avec le temps,  une force que je ressentais lorsqu’à 20 ans je lisais Tristan Cabral.

« Il y aura toujours de l’espoir à bannière d’insurgés / Dans la rage de dents des pierres / L’atoll qui boit la mer / La radiographie de l’horreur d’un monde / Qu’il faudra bien investir de barricades / Comme le coquillage aime son sable // Il y aura toujours de l’espoir / Une hirondelle dans les filets du sommeil / La poésie brûle le pavé de l’ambassade du regard / L’eczéma des rues porte des lunettes / Un nuage passe / La pluie sort d’une poitrine / Le ciel tient le soleil par la main //  Il y aura toujours de l’espoir / La poésie est l’astre dans la lampe / La poésie est le cerf-volant du sang / La poésie sème les graines prêtes à germer / Entre les doigts les plus légers… »

 

16 - L’ombre que les loups emportent de Christophe Dauphin (poèmes 1985-2000) préface de Jean Breton, Les Hommes sans Épaules éditions,

http://www.leshommessansepaules.com/livre-L_Ombre_que_les_loups_emportent-71-1-1-0-1.html

« Le réel est un os de seiche. Ouvre-moi ta poubelle, je te dirai qui tu es. Je suis l’homme de la pluie et je sens le chien. »

Je suis par nature et principe porté vers les poètes qui sentent le chien. C’est comme ça.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 21:25

15 - Dans la série les chanteurs qu'il ne faudrait pas oublier au prétexte qu'ils n'ont peut-être pas bien sû jouer des coudes pour être connus, il y a Jean-Marie Vivier que je m'écoute quand j'ai soif de rimes simples et de couplets limpides juste efficaces.

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

14 - Art et Anarchie 2

http://www.editionska.com/spip.php?article232

« Des hommes sont arrêtés un peu partout. / Ils ne savent pas quand ils reprendront. / On a interrompu leur mouvement. / Tout d’un coup ils ne vont plus vers. / Ils attendent, ils plongent en eux. Ils répercutent dans l’immobilité soudaine tout le mouvement qui les traversait, qui les traverse encore. / Ils se sentent tirés par des impulsions. Mais ils ne bougent pas. Ils sont arrêtés. Ils regardent autour d’eux, ils regardent en eux-mêmes. Ils assurent la traduction entre ces deux mondes avec les langues qu’ils peuvent. Ils sont encore un peu essoufflés… » Sébastien Lespinasse

 

13 - Art et Anarchie 2

http://www.editionska.com/spip.php?article232

« Je vous offre le lit du fleuve / Et ma colonne vertébrale / La multitude endormie devant le feu / Sous la voûte céleste ou crânienne / Et toute la viande crue pendue à l’étal de l’abandon / Je n’ai ni perdu ni gagné / J’ai un cœur qui lutte avec la faim et la soif / Une paire de sandales abandonnées / En bas du volcan / Un manteau qui me console du froid / Je vous offre mes mains coupées / Et le phosphore de mes yeux / flottant parmi les lampes-tempête / Et les appels de la brume / Mais qu’avez-vous fait / de mon errance et des souches de l’éclair / Mauvaise graine / Venin teignant / Miel coulant dans la gorge des éprouvés / Je vous offre une dernière chance… » Didier Manyach

 

12 - Verso 160, mars 2015, chemins d’eau, chemins de mots,

http://revueverso.blogspot.fr/

« Il court cet enfant, cet enfant radieux. Il cavale, il galope. Il vole ! Il est bleu, bleu nuit, velours, comme le lit des étoiles.

Il s’essouffle, s’épuise, s’écroule. Son petit cœur rougeoyant de feu. Se consume. S’achève… »

Andréa Ospina

 

11 - Miroitement sur terre de la petite flaque d’eau de Christophe Jubien, illustrations Pierre Richir, éditions Donner à voir

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/miroitement-sur-terre-de-la-petite-flaque-deau-de-christophe-jubien/carole-carcillo

« Joël

Son estomac lui fut ôté / en même temps que son cancer / il vous le dit tranquillement / tout en fouillant dans une boîte / en quête d’une vis pour sa visseuse / c’est son problème du moment / quand il aura trouvé / il fera comme tout le monde / faute d’une boucle à boucler / il passera à un autre problème / à un autre moment. »

 

10 - Poussières de la route de Henri Calet, éditions le Dilettante

"Je m'aperçois que je me suis peu étendu jusqu'ici sur le paysage. C'est l'occasion de tâcher de m'expliquer, une fois pour toutes, sur mes rapports avec la nature, en général. Si je ne trouve jamais rien, ou à peu près, à en dire ni à lui dire, c'est sûrement pour les mêmes raisons profondes qui vous font demeurer coi dans l'intimité d'un être bien-aimé. On reste là, muet -- comme un peu engourdi -- mais bourré de sentiments intransmissibles et dans une pareille qualité de silence. C'est lorsqu'on se tait qu'on a le plus à dire."

 

9 - Revue Microbe n°88, la revue des grands petits, mars-avril 2015, numéro concocté par Jean-Marc Couvé

http://courttoujours.hautetfort.com/sport/

" Tatou

Mais quand t’as tout / Tu crois t’as quoi / Tu crois te manque rien / Quand tu crois t’as tout ! // Et tout de toute tournure / Tu l’as jamais, tout, trop dur ! / Jamais t’as tout / Et tu joues ton va-tout à tout va ! // Pour le coup casse-cou / Tu mises tout sur rien / Et t’as plus rien du tout / Ou tout au plus des os à toutou / Perdus au fond d’un trou // Un point c’est tout " 

Alain Helissen

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 21:30

8 - Et bien oui c'est le printemps des poètes.

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

7 - Le wagon à vaches de Georges Hyvernaud, éd. Ramsay

"- Une scène à utiliser pour le Wagon à vaches. Un aspect de la souffrance effarée des vivants enfouis dans l'opacité de l'existence. avec leur tendresse, leur détresse, leur colère. leur ridicule bonne volonté, leur impuissance déchirante. Je sais des choses là-dessus. Celles que n'importe qui apprend n'importe où - sur les bancs, dans la paille des cantonnements, parmi les meubles des chambres meublées... Voilà une bonne quarantaine d'années que je m'instruis. Quarante ans je devrais être depuis longtemps ce qu'on appelle un homme fait. Drôle d'expression fait. Comme un rat. On le dit aussi pour les fromages. Gras, mous, pourris, coulants Je ne suis pas encore à point, mais cela ne saurait tarder. "

 

6 - Le wagon à vaches de Georges Hyvernaud, éd. Ramsay

« Qu’on les colle seulement à un portillon de métro, les duchesses de Marcel Proust ou de Balzac, qu’on les mette à faire des trous dans des bouts de carton toute la journée pendant huit heures, et tous les jours, du lundi au samedi, et on verra bien ce qui en restera de leurs drames distingués. On n’aura plus à décrire que la fatigue et des varices, des notes de gaz et des démarches à la mairie. Pas très romanesque tout ça. La vie manque de romanesque quand on est obligé de la gagner. »

 

5 - Le wagon à vaches de Georges Hyvernaud, éd. Ramsay

"- qu’est-ce qui m’a foutu un con pareil, criait l’adjudant.

Il criait ça par conviction, par conscience professionnelle, et aussi pour se faire apprécier des boniches. Parfois, il me traitait d’intellectuel de mes deux, afin de m’enseigner la modestie. En quoi, il se montrait avisé : on ne l’apprend jamais trop tôt, ni trop, la modestie. Le mépris de l’adjudant mettait les choses au point. Il est utile de se pénétrer le plus vite possible de cette idée qu’on ne pèse rien du tout, qu’on n’a pas du tout d’importance. Ça vous prépare à ce qui attend la plupart des hommes dans l’existence. Par la suite, on s’étonne moins. On est adapté, paré, fin prêt. Les sobres appréciations de l’adjudant ne constituaient qu’un commencement anodin, un préambule innocent à de plus rigoureuses expériences."

 

4 -  Le wagon à vaches de Georges Hyvernaud, éd. Ramsay

« J’ai dit que j’estimais beaucoup plus que ce M. Loufiot les types qui décorent d’inscriptions à la craie les urinoirs de notre ville. Au moins eux, c’est à un authentique besoin de s’exprimer qu’ils cèdent. Et leurs naïfs messages témoignent d’une belle confiance en la puissance magique des mots. Pour écrire comme ça, par exemple, que Flouche est un faux jeton et qu’on lui aura la peau, il faut attribuer au langage une mystérieuse vertu. Croire qu’on attente par des signes à l’être même de Flouche. Cette littérature rudimentaire et passionnée permet de saisir tout ce qu’il y a de primitive violence dans l’acte d’écrire. Et un écrivain qui ne se sent pas quelque peu sorcier et jeteur de sorts ne m’intéresse point. »

 

2-3- Miette de Pierre Bergounioux, folio

"Il s’agit de gagner un certain endroit de la terre où l’on a deux mots à dire. Après quoi il ne sera pas bien difficile de se débarrasser de son raisin, de son petit caillou. Ce sera comme avant, quand tout est pareil, un. On poussera la portière du bois. On s’étendra, tout habillé, dans cette plume, sous un baldaquin de branches. On ne sentira pas le froid ni la crainte ni rien du déplaisir, des peurs qui nous viennent avec l’âge. On regardera d’un œil égal, d’un cœur tranquille, à peine mélancolique, bouger les courtines de la neige, les personnages de jadis se pencher sur le lit préparé dans les bois à l’intention du voyageur. Et même, le visage entrevu l’instant auparavant, dans la réalité, puis perdu, on va le retrouver puisque maintenant, c’est avant, c’est toujours. Rien ne peut plus nous être enlevé ni se perdre. Tout est bien."

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 20:05

1 - Il y a des chansons comme ça pas bien longues mais je trouve que ça prend du temps pour en faire le tour.

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

28 - Pensées et proverbes de Maxime Dicton de Jean l’Anselme, banalités, bêtises, paradoxes, balivernes, lieux communs et autres propos sérieux de l’auteur, éditions Rougerie

- « Pour vivre heureux restons couchés ». Encore une histoire qui ne tient pas debout ! 

- Il en est d’une jolie femme comme de toutes les bonnes choses, il ne faut pas qu’on vous force à en manger 365 jours par an. 

- Aucun poète n’a jamais vécu du produit de son œuvre. Même mort, on n’arrive pas à en vivre !

- Les coups de foudre ne font jamais des mariages du tonnerre. 

 

27 - Le cul sur la terre sacrée de Karin Huet, éditions Plaine page, collection les Oublies

http://www.plainepage.com/editions/oublies/culterre.htm

« Ne t’assois sur une chaise que / si tu y es forcé // obligé // acculé. // C’est très dangereux la chaise. // Tu y perdrais ta souplesse / ta légèreté / tes muscles cuissiers. // Pose ton sacrum à terre / voilà le secret. // Et puis / comme tes cuisses sont musclées / lève-toi et marche. // Ne rejoins pas / ces faux chevaux aux jambes de bois / qui te tendent leurs dos maussades / partout dans le monde désormais / - non, pas partout, pas tout à fait. / Dédaigne de monter ces chaises / mornes chevaux immobiles / relais sempiternels. // Marche / et quand tu es fatigué / pose ton sacrum par terre. »

 

26 - Les insurrections singulière de Jeanne Benameur, Actes Sud

Quelque part entre littérature prolétarienne et collection harlequin

« A l'usine l'idée de travailler moins, c'est le malheur, la peur de la misère. C'est ancré profond. Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. C’est ça que je trouve fou. Travailler. Dans n'importe quelles conditions. Elle est là, la misère. Pas dans le portefeuille à plat à la moitié du mois seulement. »

 

25 – un blog ce jour, celui de Cyril C Sarot, un des rares dont je guette et lis les mises à jour dans leur intégralité. Cette sorte de journal pamphlétaire me réjouit.

https://lautrementdit.wordpress.com/2015/02/22/lad-xx-un-maigre-rempart/

« Ces gens-là ne respectent pas la vie » : la sentence a été prononcée et répétée en boucle à propos des assassins de Charlie. Non sans raisons, bien entendu. Mais loin de tout régler, l’assertion pose quand même quelques questions. Cette vie, pour notre part qu’en faisons-nous ? La vivons-nous vraiment ? Quel genre d’existence la société nous propose-t-elle ? Quelle sorte de vie acceptons-nous ? Est-ce la respecter que se contenter de son simulacre ? De sa version mutilée ? Rabotée ? Ligotée ? Étouffée ? Truquée ? De ce mauvais jeu de rôles qui nous transforme en morts-vivants ? La mort n’appelle-t-elle pas la mort ? La violence à soi la violence ? Le non-respect l’irrespect ?

 

24 - Rais de soleil dans l’hiver de Jean-Noël Guéno, Le semainier, éditions du Petit Pavé

http://www.petitpave.fr/petit-pave-rais-soleil-dans-l-hiver-492.html

L’humaine sensibilité des pauvres toujours à portée de révoltes et quelques notes de musiques et ça tient chaud.

«  Rien. / Il s ne sont rien / ou si peu. / Ils avancent cependant, / colmatent les brèches de l’épave / avec les mains, / le cœur. // Soutiers d’un monde cruel, quand d’autres comptent, / amassent, / pillent, / méprisent. »

 

23 - Microbre n°86, novembre-décembre 2014, la revue de l’a-croissance

http://courttoujours.hautetfort.com/sport/

« Ce serait

Ce ne serait pas / comme si on ne disait / rien // Ce serait juste / taire l’inutile / éliminer le superflu / rayer le cliché / froisser l’emballage cadeau // Ce serait / la flèche dans le cœur / le caillou dans la chaussure / le grain de sable dans l’œil / qui forcerait à s’arrêter // Ce serait se défaire / de quelque chose / pour mieux le regarder // Ce serait / dérouter la flèche / polir le caillou et / grossir le grain de sable // Ce serait écrire » Jany Pineau

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 20:27

23 - Et pour finir la semaine, voici une figure de la chanson poético libertaire largement tombée dans l'oubli. Je me souviens qu'il chantait pour les objecteurs de conscience dans les années 70. Je me préparais à en être. C'est en partie d'avoir écouté ses textes que m'est venu un jour l'idée de gribouiller sur des feuilles des trucs que j'imaginais ressembler à des poèmes.

Une association lui rend hommage, http://www.jehan-jonas.fr/

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

21 - CQFD n°128, janvier 2015, Une colère à contenir, article de Catherine Thumann, enquête dans un foyer d’urgence à Marseille.

« C’est vivant, plein d’humanités écorchées, ravagées, déboussolées, mais rassemblées autour d’une table ou du comptoir. Joseph, le papi accueillant a parcouru CQFD. « Dis-donc, il est bien politique ton canard. Tu peux me donner une définition de la politique ? » Flairant la question piège, je me débine avec une phrase sans intérêt. Il réagit : « Archi faux ! La politique, c’est un chantage exercé par l’imprévu sur les imbéciles. Quand vous allez voter, c’est comme si vous mangiez une boîte de haricots. Vous ne savez jamais lequel va vous faire péter. Haha ! » Tout le monde se poile. Il conclut, revissant son bonnet sur le chef : « C’est pas beau ? C’est de moi ! » On a envie d’applaudir, de lui tendre un micro, de l’embarquer dans une manif pour qu’il la hurle, sa vision de la politique. On se dit que tous, là, s’ils avaient de l’énergie à mettre dans autre chose que dans la survie, ils en auraient des messages à faire entendre. »

 

20 - Demain dans la bataille pense à moi de Javier Marias, éd. Rivages

Quand le désenchantement lucide nous envoûte…

« Et comme il reste peu de chaque individu dans le temps inutile comme la neige glissante, comme sont rares les choses qui laissent des traces, et comme on en parle peu, et de celles dont on parle on ne se souvient plus tard que d’une infime partie, et pendant peu de temps : tandis que nous voyageons vers notre lent évanouissement pour simplement passer dans le dos ou revers de ce temps où l’on ne peut plus penser ni faire ses adieux : « Adieu rires, adieu offenses. Je ne vous verrai plus, vous ne me verrez plus. Adieu ardeur, adieu souvenirs. » »

 

19 - Chiendents n°42, Cahier d’arts et de littérature, Écumes, Michel Baglin, éditions du petit véhicule.

http://stephane-beau.blogspot.fr/2013/12/michel-baglin-est-dans-chiendents.html

Un peu à la Ferré…

« L’ordre

C’est le mur mitoyen qui cache le voisin, / le sentiment confit quand il a pris le pli. / C’est l’idée nivelée à hauteur de télé / et l’enfant aussi sage que son livre d’image. / C’est la femme éternelle figée dans ses dentelles, / le masculin dressé à parler singulier, la solitude servie à la croisée des lits / et l’hiver infligé à ma moitié d’été. / C’est la photo qu’on prend croyant flouer le temps, / le mot désenchanté qui meurt dans nos clichés / et la facilité accordée aux idées / qui réchauffent chacun au feu des lieux communs. 

...»

 

18 - Est-ce que de Jean-Claude Touzeil, illustré par Yves Barré, éditions Donner à voir.

initialement paru en 1999 et réédité en 2012, 15 ans donc que ce petit bouquin est à côté de mon bureau et que j'y vais picoter régulièrement avec toujours le même émerveillement.

" Est-ce que le grillon du foyer ne serait pas en train de jouer la sérénade à l'hirondelle de cheminée?"

"Est-ce qu'une mer d'huile favorise la pêche à la sardine ?"

"Est-ce que le scorbut s'attrape plus facilement au stade de France ?"

"Est-ce qu'on peut vraiment interroger un répondeur ?"

"Est-ce qu'un rendez-vous à La Garenne équivaut à un lapin?"

 

17- Bric à brac hopperien de Thomas Vinau, éditions Alma,

http://www.alma-editeur.fr/bric_a_brac_hopperien.html

« Intérieur / extérieur

Je voudrais que les yeux / Qui se promènent / Sur mes tableaux / Servent de fenêtre / Ou d’escalier / Entre mon cœur / Et les grands vents. »

 

16 - ) le corps du paysage ( de Patrick Dubost, la rumeur libre éditions. Collection plupart du temps.

http://www.larumeurlibre.fr/catalogue/collections/plupart_du_temps/le_corps_du_paysage_patrick_dubost

) ne pas écailler davantage la peinture du portail (       ) qui me dicte ainsi de ne pas écailler plus la peinture du portail ? (       ) qui suis-je, bougeant de quelques millimètres dans un jardin ? (       ) un jardin de quelques centimètres est-il encore un jardin ? (

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 21:29

15- Grand cru bien coté d'Eric Dejaeger, Cactus inébranlable éditions

https://sites.google.com/site/grostextes/

"Oui j'ai cinquante-cinq balais. / Ça va encore plus vite / pour faire le ménage."

14 - Une chanson pour la saint-valentin

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

13 - 77 poèmes et des poussières d’Olivier Cousin, éd. La Part Commune

http://www.lapartcommune.com/poesie/produit-77-poemes-et-des-poussieres-348-0.html

Poèmes et histoires qui parlent des pauvres bêtes me bouleversent à chaque fois.

« Depuis plusieurs matins / un chien noir courait / sur mon chemin / sans jamais aboyer / Un bâtard assez sec / à trois pattes / Deux à l’avant / une seule à l’arrière / il sautillait tout de travers / Diagonale inspirée / de mes matinées / Le jour où il ne s’est plus montré / mon ciel est devenu bancal »

 

12- Passage du désir de Dominique Sylvain, éd. Viviane Hamy

http://www.viviane-hamy.fr/catalogue/collections/chemins-nocturnes/passage-du-desir/article/passage-du-desir

"-Tu connais la métaphysique du puzzle Barthélémy ?
Il se contenta de hocher la tête de gauche à droite.
-Il suffit d’une unique pièce et tout à coup l’univers tient en un seul morceau. A condition, bien sûr, de se contenter d’un univers raisonnable. Un univers à notre portée. Quand on ne peut plus assumer plus lourd que soi, il faut s’alléger, Barthélémy."

 

11 - Adolescence florentine de Cédric Le Penven, Tarabuste Editeur

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2012/06/note-de-lecture-adolescence-florentine-de-c%C3%A9dric-le-penven-par-jacques-morin.html

« Je suis cet homme qui voudrait tant / qui est sur le point de, qui va enfin, peut-être / c’est là, sur le bout de la langue, c’est le mot / je vais trouver sa forme, l’agencement parfait de ses lettres / la couleur adéquate, la saveur citronnée et espiègle / de l’œil qui sourit quand il a peur »

 

10 - Guide pour garder les poulets en ville de Jason Heroux, Microbe # 45

http://courttoujours.hautetfort.com/sport/

une petite plaquette de rien du tout juste renversante.

« on doit choisir / dans le monde même si on n’a pas le choix // c’est un après-midi d’été ou c’est un après-midi d’été / c’est la guerre chaque soir aux nouvelles, ou c’est la guerre // chaque soir aux nouvelles / une canette de Pepsi Light, // ou une canette de Pepsi Light / on n’a pas le choix // on doit choisir / entre vivre // dans le monde / de cette façon, ou vivre // de cette façon dans le monde. »

Ou encore

"un jour dure / un jour et une prune / dure une prune // une vie dure une vie / mais seul un jour // dure un jour seule / une vie dure une vie // seule une prune / dure une prune."

 

9 - Les Terriens de Claire Rengade, éditions espaces 34, assurez-vous que vous faites totalement autre chose.

Une qui nous emporte dans son monde, nous retourne dans tous les sens façon tourbillon.

http://www.editions-espaces34.fr/spip.php?page=espaces34_auteur&id_article=224

« Tout est faux / et après on comprend quelque chose / c’est pas une route linéaire / bang bing c‘est comme ça on se cogne / faudrait quitter la pensée normale / devenir fou / c’est comme une frontière un fil / on peut tomber / y’a des risques comme dans tout / tu dois risquer / tu dois trouver la bonne route / pour trouver la bonne route il faut risquer / et après on est sûr / et après tout de suite il faut changer / parce que si c’est facile c’est déjà découvert / et si c’est pas ça il faut tout réinventer »

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 20:28

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

8 - Dans la série, ceux dont on ne parle presque plus et qu'il ne faudrait pas oublier, il y a selon moi ce merveilleux parolier balançant entre la résistance, l'horlogerie, le théâtre, la poésie et la chanson.

 

7 - Marcel Mariën, auteur que l’on rattache volontiers au surréalisme belge de l’après guerre a écrit en 1956 une violente charge contre l’automobile, « des Bâtons dans les Roues ». J’ai trouvé ce texte dans la monumentale « anthologie de la subversion carabinée » de Noël Godin.

Les adversaires déclarés d’un progrès absurde et moribond, de toute évidence dépassé, sans attendre le nettoyage politique et moral de la société, se constitueront en fractions occultes et agissantes, et entameront dès à présent une lutte sans merci contre l’automobile. On mobilisera comme on peut, pour cette mission civilisatrice la canaille des bas-fonds, les désœuvrés de toutes catégories (philatélistes, souteneurs, terrassiers, etc.), les enfants des écoles et les vieillards des hospices. Nous laissons aux exécutants le soin de nuancer, de varier au gré des circonstances les moyens qui répondent le mieux à cet impératif: rendre toujours plus intolérable la fonction d’automobiliste, engeance qu’il s’agit littéralement de faire enrager, de façon à la contraindre, par le désespoir ou la honte, à renoncer à sa provocante ferraille.

Au début, on se bornera à provoquer des embouteillages en détraquant systématiquement la signalisation. (En bloquant les feux rouges, par exemple ou encore en faussant les plaques indicatrices: le sens interdit à chaque extrémité de la rue, le sens giratoire multiplié de telle manière que les véhicules soient entraînés dans des remous concentriques avant qu’ils ne puissent réaliser ce qui leur arrive). Une simple interruption du trafic, si elle se prolonge au-delà de quelques minutes, suffit aujourd’hui à paralyser pour des heures la circulation, chaque colonne immobilisée de voitures entravant le trafic latéral et, par ricochet, celui de la ville toute entière. Il conviendra donc d’étudier et de dresser les plans d’une stratégie générale portant sur les fréquences et les densités de la circulation pour l’ensemble de la ville donnée.

Voilà de quoi occuper louablement la jeunesse, cette jeunesse qui ne saurait être assez délinquante. Les enfants, eux non plus, ne sont pas à négliger. Les poètes de 7 ans, méprisant les conférences de presse et les cocktails littéraires, favorisés par leur taille menue, ne manqueront pas de remettre en honneur le morceau de sucre, plus maniable et non moins efficace que la dynamite, et que d’une main discrète ils glisseront adroitement dans les réservoirs. A ce propos, une propagande sournoise pourra être faite chez les distributeurs d’essence, qui ne négligeraient pas, afin de parfaire le « plein », d’ajouter cette pièce décisive avant de revisser le bouchon. De chacun on attendra en outre qu’il ne sorte plus sans avoir les poches remplies de clous que, sans être vu, il saura semer sur les chaussées, aux bons endroits, comme on fait de l’huile pour apaiser la fureur des flots. Qui préfère crever directement les pneus s’armera d’un canif. Qui préfère détériorer les carrosseries (il faut songer aux côtés esthétiques de la passion que nous entreprenons de combattre), emportera avec lui les outils appropriés. Des farces dites idiotes pourront également être expérimentées, comme par exemple d’enchaîner l’une à l’autre, le soir, deux voitures en stationnement, ou même une demi-douzaine si la chaîne est assez longue et le cadenas qui doit assujettir les extrémités, solide et d’un modèle peu commun. Enfin pour celui que le manque de loisirs ou la crainte réduirait aux simples fonctions de spectateur, il ne résistera point au devoir, lorsqu’un automobiliste l’interrogera sur le chemin à suivre pour gagner tel ou tel endroit, de lui en indiquer un tout opposé, judicieusement choisi cependant, de manière à entraîner sa victime dans des rues notoirement encombrées.

La propagande pour l’assainissement se développant, l’organisation occulte qui la dirige trouvera maintes occasions de recruter quelque allié au sein même de la gent automobile, au point de susciter dans ses rangs quelques conversions éclatantes. Qu’on ne néglige pas alors de tirer de ces illuminés le meilleur parti. On les maintiendra à leur volant avec la mission de déconcerter « de l’intérieur » le trafic routier, de façon à circonvenir l’ennemi sur deux fronts à la fois. »

 

6- Puisque tout le monde (ou presque) est Charlie, je propose un jeu littéraire pour les jeunes. Continuer la liste vue en couverture du Charlie hebdo de janvier 1975.

« Chiez dans les crèches

Achevez les handicapés

Fusillez les militaires

Etranglez les curés

Ecrabouillez les flics

Incendiez les banques

Joyeux noël »

Le thème du printemps des poèt poèt c’est l’insurrection poétique.

Essayons de rassembler quelques propositions plus émoustillantement adaptées à la thématique que les gentilles pistes que je vois fleurir sur les sites officiels.

 

5 - L’inflexion du vivant de Sylvie Fabre G., pré # carré 70 / hervé bougel octobre 2011

http://precarrediteur.fr/?page_id=344

« jardinière, je m’en remets au jardin / tu conserves les voix dans ta voix / – parole d’autres : lierre, pivoines, / petite fille, chat et moineaux, / jet d’eau, morts chéris / tu montes la garde / ce qui sèche en toi se dépose / ce qui brûle en moi s’infinise / amour fragile, ton poème / délivre l’oubli par la métamorphose »

 

4 - Quelques poèmes plus tard de Michaël Glück, pré # carré 73 / hervé bougel juin 2012

http://precarrediteur.fr/?page_id=937

« tient debout tient / dans la verticale / des jours // tient d’une horizontale / à l’autre // se lève se dresse se redresse / va jusqu’à / s’épuise et se couche / s’étend s’endort / quelques pas / entre matin et soir // le temps d’un chant »

 

3 - Verso 159, quel meilleur rempart que la mer ? décembre 2014

http://revueverso.blogspot.fr/

« Dernier

Quel sera mon dernier poème ? / Le plus beau et je m’arrête ? / Le plus tard et je meurs ? / Le plus court et il disparaît ? / Et que faudra-t-il y dire ? / Qu’est-ce que rien ? / Qu’y a-t-il derrière ? / Ou plutôt d’où vient cette feuille de papier blanc qui autrefois fut un arbre sur lequel j’aurais aimé grimper ? / Voilà, écrire quand on ne peut grimper, c’est peut-être sur cela qu’il faudrait s’arrêter, et laisser l’arbre en blanc pour la dernière fois » Daniel Birnbaum

 

2 - Claudicants de Francis Krembel, éditions Donner à voir, accompagnement graphique de Marc Alessandri.

http://biloba.over-blog.com/article-claudicants-111964224.html

Prose noire (à Jules Mougin in Mémoriam)

Fumer TUE / L’alcool TUE / Qui es-tu toi / pour me dire TUE / L’état TUE / Les états TUENT / Krupp et Dassault TUENT / Les marchands d’armes TUENT / Les boursiers, les banquiers actionnaires / certains chimistes techniciens pas savants TUENT, / par cynisme, inadvertance / imprudence, inaptitude / je m’en foutisme, / ils TUENT tous / faites comme eux, / Mais attention, / mangez modérément / faites du sport, bougez / sortez de vos retraites. / Travaillez plus, / bougez, bougez / produisez, produisez / spéculez sur le blé, le cuivre / sur les poireaux / les pommes de terre / le plomb, l’antimoine / l’or en barre et en poudre, en chocolat // FABRIQUEZ / des bombes à billes, à ailettes / à fragmentation, des bombes propres, / géométriques. / Fabriquez des drones, des mines / des casseroles, des téléphones / des télés-plates / des ordinateurs pour télépathes. / Mais attention ne fumez plus, cela nuit à vos spermatozoïdes / vous ne pourrez plus repeupler / la planète après la guerre / silencieuse qui ravage dans le bruyant / silence des médias. // TUONS NOUS TOUS ET VIVE LA SOCIALE SEPPUKU / allègrement / le vieux barbu d’avant-guerre / reconnaîtra les siens. »

 

1 - Comme en écho à hier, une chanson d'un très grand parolier et interprète.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 20:06

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

Sur le blog vous trouverez du quotidien au sens propre du terme (enfin je vais essayer), notes de lecture, poèmes, aphorismes, humeurs, chansons, liens...

 

26 - Tango pour José, collectif, dessins d’Yves Barré

Ed. Donner à voir, collection tango,

http://www.donner-a-voir.net/catalogue/catalogue501.html

une citation de José Millas-Martin introduit un poème. Aller deux notes d’accordéon :

« Seul restent dans le village / Des chiens errants, des vieux oubliés » (J. M-M.)

« Ici pas de lune bleue / Seulement des mains / Qui ont traité la vigne / des veines marocaines / et des bras besogneux / Oui / Beaucoup de peine / Et soixante pour cent pour Le Pen. » (Michel Lautru).

Et encore :

« Le matin la classe / sentait l’eau de javel / Poêle faïence pourpre / -« Nous écoutions attentivement / la parole du maître. » » (J. M-M.)

«  Le soir le javel / sentait la classe / - et toi José joues empourprées / « tu te promettais / d’oublier au plus tôt / les mesures du mètre » ». (Francine Caron)

 

27 - À mots rompus de José Millas-Martin, anthologie, éd. Fondencre collection Jalons du 20ème siècle.

http://www.fondencre.fr/a_mots_rompus.html

« fin de partie

Poètes mes complices / avec qui j’ai parcouru un / bout de Temps / De certains demeurent vivantes / leurs écritures / L’âge me prend   Mes pièce d’usure / se déglinguent / Je les médicamente / pour demeurer / Je suis lecteur de vos / idéogrammes depuis Tant de temps // Parfois un livre farci d’une lettre   témoin / silencieux de votre message de votre écriture… // Et toute ma vie me saute à la gueule »

 

28 - 1275 âmes de Jim Thompson, folio policier

Quand la noirceur et le cynisme conjugués tournent à la farce hilarante.

« Bref, une nuit que j’étais comme ça allongé, les yeux grands ouverts, en train de gigoter et de me retourner à en devenir marteau, tout à coup voilà que j’en ai marre. Et je me dis : « Nick Corey, tu vas finir par tourner en bourrique à force de te tourmenter. Y a pas, faut voir à remédier à ça, Nick Corey, sinon ça ira mal pour ton matricule. »

Ce qui fait que j’ai réfléchi, j’ai réfléchi tant que j’ai pu et, finalement, j’ai pris le taureau par les cornes.

Et j’ai décidé que je ne savais foutre pas ce que je pourrais bien faire. »

 

29 – Haïkus d’eau de Paul Bergèse, éd. Donner à voir, collection Tango, gravures de Titi Bergèse

http://www.donner-a-voir.net/

« Il tourne en rond / Dans la pupille du chat / Le poisson rouge »

« Ma face ridée / Sur le lisse de l’étang / Les poissons s’enfuient »

« Le nez en l’air / Pour les premières hirondelles / Première fiente aussi »

Ces petits ouvrages imprimés sur papier épais recyclé et pliés en accordéon, joliment illustrés sont d’originales idées cadeau.

 

30 – Une et plusieurs d’Amandine Marembert, éd. Donner à voir, collection Tango, encres de Valérie Linder,

http://www.donner-a-voir.net/

« … les femmes que tu dessines / sont tout à la fois une et plusieurs…//

elles tricotent leur fragilité / en passant à leur doigt / un filet de lumière une tige verte…//

les maisons de papier / sont pour elles des escaliers des trappes des puits des avions des boules des lits des portes-fenêtres / des tentes / des refuges nomades… //

elles observent pousser les mots / dans leurs feuilles leurs pétales / ils tendent leur cou vers la lumière / elles les arrosent de patience… //

leurs peaux claires sont des pages / à lire les matins / où le jour recommence »

Tout en délicatesse, la poésie d’Amandine.

Et puis ce titre au dessus d’un empilement d’ouvrages tombe à pic comme un clin d’œil du hasard, le jour où je deviens grand-père de deux jumelles

 

31 -  Une chanson en lien avec ce qui précède. Le poème d'Aragon mis en musique par Lino Léonardi interprêté par une chanteuse qui a fortement rendu service à la poésie.

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Je m'efforce d'insérer dans ce blog les annonces des publication des éditions associatives Gros Textes, des billets d'humeur et des chansons de ci de là. Ceci n'ayant rien d'exhaustif.

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pour tout renseignement complémentaire (conditions d'envois et de remises pour les libraires, collectivités...), vous pouvez écrire à gros.textes@laposte.net

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Les pages ventes par correspondance sont en chantier.

Nous allons tenter dans les semaines qui viennent de proposer à la vente à partir du blog certains livres de notre épicerie littéraire.

Pendant le chantier, si vous tombez sur un bouquin que vous cherchez, vous pouvez envoyer un mail à gros.textes@laposte.net, et on vous dit comment faire.