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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 21:43

Une heure avec un des premiers livres de Denis Grozdanovitch, petit traité de désinvolture, éditions José Corti. De cet auteur, découvert à travers les articles dans la revue « Le grognard » de Stéphane Beau, j’avais survolé « De l’art de prendre la balle au bond » qui avait bousculé mon regard à priori hostile sur le monde du sport (l’auteur fut joueur de tennis professionnel parait-il).

 

Ici, une trentaine de textes courts entre la prise de note et la chronique m’ont inégalement captivé. Je retiendrai pour rendre compte de cette heure, l’évocation de la mort du chat Perdita qui m’a rappelé celle du chien Karénine dans l’insoutenable légèreté de l’être de Kundera. Ces histoires de disparitions de nos animaux de compagnie me bouleversent à chaque fois autant dans la littérature que dans la vie. Grozdanovich donne une piste d’explication :

« Ce n'était pourtant qu'un simple chat, me direz-vous ! Oui, bien sûr. Mais n'est-ce pas précisément la muette fragilité du lien qui nous rattache à nos compagnons animaux, qui fait que lorsqu'il se rompt, nous nous sentons touchés au plus secret du cœur ; d'une curieuse façon en vérité, toute différente mais pas moins vive qu'avec les humains ? Et puis ce sentiment puissant, soudain, d'être en prise directe, sans artifice consolateur, avec la matière même du néant ! De nous sentir investis d'une extravagante et dérisoire mission : sauver de l'immense oubli une mince, évanescente, identité féline !... »

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 22:02

Encore une heure dans le volumineux numéro 42 de la revue « Les Hommes sans épaules » et un dossier écrivains de la beat generation. On connaît le goût de Gros Textes pour les auteurs de cette période et là c’est Ferlinghetti qui ouvre le bal avec la simple contestation de base, la révolte primaire, le refus élémentaire.

 

« CODA

Coupe coupe coupe

Tranche à la racine

Toutes les herbes trop folles

Dans nos champs verdoyants

Coupe coupe ces bourgeons sauvages

Si tu veux une belle garden party avec des gens comme il faut

Coupe coupe la mauvaise graine

Si tu veux une moisson abondante une récolte historique

Rabaisse ta vanité, mon vieux, écrase

Les pousses les germes trop vivaces

Taille l’anarchie des plantes grimpantes

Les résistants volontaires

Coupe coupe le maïs étranger

Coupe les fous le maïs étranger

Coupe les fous introvertis

Amants bouche bée du subjectif

Coupe coupe les sauvages les esprits libres

Les solitaires aliénés et rebelles

Qui tripotent leur moustache

Et trament la révolution dans des caves sans espoir

Coupe tous ces freaks et ces libres penseurs

Poètes aux yeux fous Philosophes de l’asphalte

Barjots déjantés Agitateurs de carrefour Visionnaires lapidés

Exilés dans leur propre pays !

                                                  Ô melting-pot américain »

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 22:32

Et pour faire lien très subjectif avec Federman, et rester encore un peu dans l’humour décalé, le pastiche pas sérieux et pourtant quand même, une heure avec Eric Chevillard et son Vaillant petit tailleur aux éditions de minuit.

 

J’ai été enchanté (comme toujours avec Chevillard) par la réécriture pastichée à l’extrême du conte des Grimm, tout en digressions fantaisistes, décrochages narratifs, implication du lecteur dans le récit (comme y excelle Federman également), d’anecdotes cocasses avec tout de même en arrière plan une intention résolument révolutionnaire mais façon Bartleby de Melville « L'écrivain lui aussi est un petit héros prétentieux, qui avec ses maigres moyens, refuse de laisser faire, défie l'ordre établi, cherche à ébranler le système des géants. »

 

Et on ne peut réduire Chevillard à son humour passablement dévastateur, comme toujours chez les plus grands, la poésie affleure derrière la dérision :

« Le jour où le vaillant petit tailleur remplira de poissons rouges le bassin de son parc (économie d'eau : le poisson nage aussi bien dans le poisson), je m'assoirai avec lui sur le rebord de pierre et nous resterons là, apaisés enfin, parvenus au terme de notre errance, le vaste monde dans notre dos réduit à l'étroit chemin qui nous a menés là. »

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 21:02

Une heure à la mer avec Raymond Federman, « Coups de pompes », édition le mot et le reste, https://lemotetlereste.com/litteratures/coupsdepompes/

Un joyeux bordel de méditations, de listes, de recettes de cuisines, de poèmes (quand même aussi), de choses qu’on se demande ce que ça fout, de rêves et de mémoire littéraire, de souvenirs et de jeux à la con. Oui tout est jeu là-dedans, jeu jouissif d’acrobaties stylistiques, de ratages assumés et de crème caramel.

 

"Moinous

Je me dédouble

Je m’écrie et m’écris en deux langues

Je me regarde me regarder

Je me me je

Je me vois vu

Je me vouvoie

Je me déchire en morceaux

Je me raccommode avec du fil rouge

Je me dis-per-se

Je me coupe et m’entrecoupe

Je m’émotionne

Je m’émeus tout seul

Je me mets en moi

Je mets moi en moi

Je me noue

Je me dénoue

Je me moinous

Je me singularise

Je me pluralise

Je me moi aussi moi aussi

Je me décentre

Je joue au ping-pong tout seul des deux côtés

Je me schizophrénise

Je me tranche en plusieurs

Je me masque le masque

Je me suis un autre

Je me je nous suis-je

Je me désaxe

Je me concentre vers le côté ouvert

Je m’additionne

Je me double et me redouble

Je me multiplie par quatre et me démultiplie par six

Je me jalouse

Je me perds en moi

Je me déconstruis

Je me disparais"

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 21:12

Juste une citation que j’avais gardée sous le coude extraite de « Le monde à peu près » de Jean Rouaud, éd. de Minuit :

« Manifester est un art. Il ne suffit pas de défiler derrière les banderoles et de reprendre en chœur les chansons aux paroles détournées qu'entonne dans son mégaphone en forme de fleur avec son pistil central un militant poèteil faut avoir l'air convaincu, presque farouche, sans se départir pourtant d'un côté bon enfant, volontiers blagueur mais prude, bon vivant mais avec de la tenue, preuve qu'un militant ne dédaigne pas de goûter les fruits du travail mais veille à n'en pas abuser, et donc grave et léger, tout en progressant d'un pas lent sans donner le sentiment de traîner des pieds, en veillant à adresser des sourires complices aux passants massés sur le bord du trottoir, en les invitant par un bon mot à se joindre au mouvement, en refusant de polémiquer avec les provocateurs qui vous traitent de fainéants, et surtout en donnant l'impression que pour rien au monde vous ne voudriez échanger votre place. »

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 21:42

Une heure avec Michel Merlen dont un mail de Claude Vercey vient de m’annoncer le décès. Michel Merlen c’était pour moi 3 ou 4 lettres, à peu près autant de coups de fils, un nom que le bouquiniste que je suis retrouve des quantités impressionnantes de fois dans les revues des années 70, un livre chez Gros Textes en duo avec Catherine Mafaraud-Leray, 

https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2012/mafaraud-catherine-merlen-michelun poète discret et essentiel, exigeant à la façon d’un Robert Momeux, autre auteur à peine croisé, ou bien sûr Jean-Michel Robert qui lui aussi a plié bagages l’année dernière. J’ai une pensée pour ce révolté tendre, poète insoumis (né en 1940, il a pris en pleine face la guerre d’Algérie et les blessures qui ne se ferment jamais tout à fait), et son indéfectible parti-pris pour l’amour et la vie :

 

« Je n’ai plus peur

La ville a un beau corps

Au détour d’une place

Les yeux dans les yeux

Nous ranimons

Les roses noires

Les oiseaux dorment sur leurs ailes

La mort viendra

Je sais

Mais je vivrai d’abord »

*

 

« Les rues marchent toutes seules

il fait noir comme jamais

c’est la nuit

dans son lit

un homme se retourne

au passage de sa mémoire

le désir triomphe des veuves

l’hiver sourit avec ses dents de neige

la mort ne viendra jamais

c’est toujours la vie

qui gagne la partie »

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 22:44

Une heure avec « Milo » de David Bosc, éditions Allia.

 

L’image de couverture n’a rien de folichon mais sur la quatrième cette simple phrase a titillé ma curiosité : « Si ma tristesse est une chemise, je ne la remets pas. » Et j’ai découvert un roman fort à mon goût au style somptueux.

 

C’est l’histoire d’un banni, laissé pour compte, squatteur semi clodo, qui revient sur les lieux de ce qui aurait pu être une enfance et tente d’y survivre. La survie, c’est bien toute l’affaire, un peu comme chez Beckett (Murphy, Mercier, Molloy, Malone) avec le même type de densité oppressante jusqu’à en devenir hallucinante voire comique.  On avance dans un monde de poupées de chiffon en retenant le cri de l’enfant, en faisant diversion en récupérant des trucs à la décharge et en observant les frères humains. En sifflotant de la sagesse également dans les pires moments : « Milo fredonne une comptine, il se rassure, il reprend pied // Rondin, picotin, la Marie a fait son pain / Pas plus gros que son levain / Son levain était moisi / Et son pain tout aplati / Tant pis. // Une comptine, c’est une arme de héros. C’est toute l’essence du courage antique. »

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 23:08

Une heure avec Les Hommes sans épaules n°42, ne suffira pas. http://www.leshommessansepaules.com/revue-Dossier___Claude_PELIEU_&_la_Beat_generation-41-1-1-0-1.html

 

Après un hommage de Christophe Dauphin à Yves Bonnefoy viennent les porteurs de feu, Hans Magnus Enzensberger et Cees Nooteboom, poésie de combat d’un côté « Qu’attendez-vous encore ? Fourrez-vous des bijoux / Des ouvre-boîtes et des clavecins dans le giron, / proposez à Némésis un forfait / et pliez bagages ! et n’oubliez pas d’empaqueter / vos valeurs, vos masques à gaz et vos bas-ventres ! » et de l’hésitation de l’autre « Tout cela, c’est moi qui l’ai inventé, / les danses, l’eau / la voiture, la glace… Sauf toi, toi je ne t’ai pas inventée / Toi, tu étais sortie du temps translucide, / peut-être comme moi, peut-être autrement… »

(à suivre)

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 20:48

Une heure avec une mise au point et Jean-Claude Pirotte et Jean-Louis Bergère.

 

- Dis donc Artufel t’as vu ton blog ? Tes articles foutent le bourdon, on n’y parle que de tristesse mélancolique, de désespoir, de souffrance, de vieillissement et de mort. Et puis les chansons, Mario de Bertin et Nataq de Desjardin, elles donnent juste envie d’aller se pendre.

- Mais elles sont belles ces chansons, l’intro saxo de Bertin et le piano de Desjardin avec le violon, merde ça remue les tripes non ? Et puis je revendique le désespoir souriant et la mélancolie joyeuse. D’ailleurs tiens, j’ai passé un moment avec Jean-Claude Pirotte, un auteur belge donc plein d’humour comme en témoigne ce poème dans Autres séjours, éd. Le temps qu’il fait : « Je t'écris chaque jour / je sais que tu peux lire / d'instinct, d'un seul coup d'œil /entre toutes les lignes //  pensez-vous dit la voisine / il écrit à son chat / s'il vivait passe encore / mais son chat il est mort // (poème écrit pour son chat, qui venait de mourir) »

 

Et Masque et figure de Jean-Louis Bergère, éd. Potentille https://potentille.jimdo.com/les-parutions/le-catalogue-complet/jean-louis-berg%C3%A8re/

La figure au fond c’est le masque qu’on met sur notre tête de mort. Et puis Jean-Louis est chanteur aussi, en le lisant j’ai pensé à Ferré, vingt ans « Pour tout bagage on a sa gueule / Quand elle est bath ça va tout seul / Quand elle est moche on s’habitue / on s’dit qu’on est pas mal foutu… » Oué au fond la figure, c’est une histoire de peau et la peau c’est mort, une affaire de divisions moléculaires qui ne vont pas tarder à dégénérer. « Pas mort non mais parfois vivant de trouille », c’est tout simple et ça m’amuse, ou alors « Fin de quarantaine demain je vais pouvoir manger à ma fin », et ça marche encore mieux avec les décennies suivantes…

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 19:00

Une heure avec Exil de Marie Guastalla (aquarelles) et Jean-Pierre Petit (texte).

http://cardere.fr/poesie-contemporaine/141-exil-9782914053983.html

 

Tout au long de l’ouvrage au format paysage, on ne voit que des personnages stylisés qui avancent dans le même sens dans une forme de tunnel, en rang ou par groupes, dispersés ou se tenant la main, troupe immense dans le temps et l’espace pour la plupart aveugles ou borgnes, vaille que vaille, ils avancent sans savoir pour quelle destination. Parfois ils s’interrogent, où allons-nous ainsi ?  d’autres fois ils voudraient se poser, se reposer, cohorte hétérogène qui n’a cesse d’avancer dans le tunnel où tout arrêt est impensable. On peut penser qu’au bout sera le bonheur et que le but vaut bien de supporter souffrance peur et incompréhension. Il y en a qui écrivent ou griffonnent de drôles de choses, d’autres fredonnent. Est-ce que ça sert à quelque chose ? En tout cas ça les aide à tenir debout.

 

Le texte tient en deux pages mais on peut bien passer une heure à suivre en aquarelle cette histoire tellement banale, tellement envoûtante, tellement ressemblante à l’humaine destinée, au trajet commun

 

Pensé à cette chanson de Richard Desjardin en marchant avec les autres :

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