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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 21:54

Une heure avec le numéro 37/38 de la revue Contre-Allées,

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2013/11/revue-contre-all%C3%A9es.html.

 

L’auteur phare (dont le nom est écrit en rouge sur la couverture) c’est Serge Pey. Je commence par là. La revue aussi notez bien, mais souvent les revues je commence n’importe où, et presque jamais par le début. Serge Pey écrit des tombeaux. C’est un genre littéraire qui parle des morts. Il y a ceux de Charlie en 2015, Maspéro, des copains, sa chienne. Je vais m’arrêter sur la chienne : « Quand je la retrouvais / ses yeux me disaient / qu’on mesurait la poésie / d’une situation / à la quantité de hasards / qu’elle était capable d’unir // Nous étions souvent d’accord / quand nous parlions de philosophie // Je lui présentai un jour / ma montre aux veines ouvertes / cinquante cordes qui descendaient du ciel / et aussi une guillotine comme une boussole / qui décapitait les directions // Ma chienne me disait alors : / La poésie a toujours le devoir d’accomplir / une action qui s’échappe d’elle ».

 

La mort fait de multiples autres apparitions au fil des pages et des auteurs, le deuil qui ébranle, la vie qui avance avec ses pertes, le noir où se perd la lumière, les morts qui se nourrissent de chicons (dans le nord). Ouf, il y a toujours un coin de cuisine qui résiste nous rappelle Isabelle Pinçon. Mais au final on tourne toujours autour du gouffre puisque le poème aussi est hanté comme les maisons "Poème lieu hanté / mots fantômes de voix / jouant à cache-cache / avec le lecteur" (Christian Garaud). Même lorsque la revue laisse de côté la poésie pour poser une question à laquelle 4 poètes ont répondu : « Inconnus à cette adresse… à qui parle le poème ? ». Alain Guillard répond : « Aux morts qui coagulent en nous. » Voilà voilà voilà.

 

Et pour finir un petit sourire (noir) par ici : https://www.youtube.com/watch?v=eYjC0pmFtXg

 

 

 

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 21:49

Une heure avec Christian Bulting, « Nico icône des sixties » encore chez Gros Textes. C’est 100 poèmes parfaitement calibrés qui à mes yeux n’en font qu’un tant les vers semblent couler comme eau de Loire se moquant de la fin puisque c’est encore de l’eau. Comme pour Jean-François Dubois (cf article plus bas), l’histoire intime croise la grande, les anonymes côtoient allègrement des célébrités, le délicat poème d’amour n’est jamais loin de l’évocation de massacres, la beauté voisine avec le sordide. Et tout ça a un nom, ben oui, la vie.

« Par un matin de soleil du mois d'août / Et je suis retourné sur tes traces Guillaume / À la pension Constant à Stavelot maintenant / Hôtel « Ô mal aimé » que tu quittas à la cloche / De bois maintenant une plaque commémo / Avec « La chanson du mal aimé » calligraphiée / Sur les murs « Mon beau navire ô ma mémoire » / Et à l'instant même alors que je bois / Une blanche Hoegaarden au-dessus du lac / De Robertville me ramène à toi avec qui / Je bois de la bière printemps été automne / Hiver sur les rives de la Loire quelle fête / À chaque fois tes cheveux tes yeux tes mots / Qui s'enroulent aux miens et nos rires nos rires / Qui nous lavent de la nuit du gris de la vie / Ordinaire de la vie sans amour sans nous / Qui écrivons notre histoire à notre pas / Sans images d'Epinal qu'il s'agirait d'incarner / Mais avec nos vies bancales nos vies amochées / Nous ne voulons plus du moche des coups de poignard / Dans le dos juste les coups de cœur partagés / Tu en aurais eu un pour Monschau en français / Montjoie pour notre plus grande joie un hiver / De neige avec le petit hôtel cosy / Pour abriter nos vies alliées nos corps désirants »

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 22:58

Une heure avec Jean-François Dubois, « Une frêle chaloupe » chez Gros Textes dans la collection Alpes Vagabondes. Il s’agit encore de photos retrouvées et décrites, des vieilles photos où « Avec le temps, les images s’étaient piquées, les formes estompées, les couleurs avaient pâli dans une nuance verdâtre envahissante, comme si les pelouses et les berges boisées avaient imposé leur dominante, qu’un même débordement sournois avait rongé lignes et contours… »

 

Il est souvent question de cimentière, de tombeaux de vagues et lointaines tantes Maria ou d’anciens voisins et la petite histoire rejoint la grande par des chemins de traverse entre les allées et l’on regarde sous un angle particulier Walter Benjamin ou Georges Bataille et dans cet exercice d’effacement, les vieilles photos se mêlent à de vieux films et le couple Cadou peut se retrouver à proximité de Ian Fleming et son James Bond.

 

Dans un dernier chapitre, l’auteur abandonne l’image pour le document littéraire et historique en remontant à quelques élément biographiques d’un lointain ancêtre du 18ème siècle et dérouler un arbre généalogique qui, comme j’imagine en voyant les vieilles personnes sur les photos qu’elles pourraient être de ma famille, pourrait être celui de n’importe qui. La frêle chaloupe sur laquelle nous sommes embarqués étant destinée à se perdre dans une brume s'épaississant où les formes deviennent de plus en plus indistinctes.

(Bon l’image vaut ce qu’elle vaut mais à cette heure un peu tardive ma foi…)

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 16:45

Une heure avec Raymond Federman et deux livres « Chut », éditions Léo Sheer et « Retour au fumier », éditions al dante. Une phrase de ce dernier pour faire lien avec l’heure d’hier et les arbres. L’auteur revient sur un lieu où il a passé un morceau d’enfance et retrouve bien des années après les arbres qu’il a connus : « … ces feuilles flétries sont plutôt pathétiques. Eux aussi ils ont dû souffrir pendant toutes ces années. Est-ce que tu crois qu’ils se souviennent de moi ? Peut-être que je devrais pisser sur leur tronc comme j’avais l’habitude de le faire après avoir cueilli leurs cerises ».

 

De Federman, jusqu’il y a peu, ne n’avais lu que deux recueils de poésie, ici & ailleurs et L’extatique de Jules et Juliette. Karin Huet m’a fait connaître sa prose, on n’ose parler de roman, très personnelle et originale. Les deux ouvrages tournent autour de l’événement biographique central, l’arrestation, la déportation et l’extermination de sa famille par les nazis en 1942. Au moment de l’arrestation la mère du jeune Federman a le temps de le pousser dans un cagibi et lui dire « chut », c’est autour de cette expérience que tourne « Chut », un devoir ou plutôt un désir de mémoire, mais une mémoire que l’on sait défaillante, tout est à dire à partir de quelques photos trouvées dans une boîte, seuls biens qui n’auront pas été pillés dans l’appartement familial et que l’auteur retrouvera quand il y retournera après la guerre. Fiction et réalité se placent aux mêmes niveaux : « Eh bien moi je leur dirai, vous vous gourez, c'est de la fiction pure que je vous raconte, parce que toute mon enfance, je l'ai complètement oubliée. Elle a été bloquée en moi. Donc tout ce que je vous dis, c'est inventé, c'est de la reconstruction. Et puisque tout ce qui s'écrit est fictif, comme l'a dit Mallarmé, ce que je suis en train d'écrire, c'est de la fiction. » Ce qui rend ces ouvrages extrêmement attachants c’est que de tout cela, Federman donne à rire, un rire salvateur et bienfaisant, le plus majestueux pied de nez à l’horreur pour celui qui a fait sienne cette phrase de Beckett : « rire ou pleurer c'est la même chose à la fin ».

 

Dans « Retour au fumier », Federman raconte les années de guerre dans une ferme du sud-ouest de la France, ses souffrances et humiliations, sa résistance et un tableau d’une certaine France rurale plus cauchemardesque que pittoresque. Un des ressorts de l'efficacité du récit vient de ce que le narrateur s’adresse à un interlocuteur virtuel qui malgré son absence ne cesse de relancer l'auteur, de lui signaler ses redites et ses digressions de conteur bavard : "Non Federman, ça tu l'as déjà dit et puis tu vas ennuyer tout le monde avec ces histoires..." Et Federman n'en faire qu'à sa tête.

 

Ici à la place de chanson, un entretien avec Raymond Federman paru dans le matricule des anges : http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=18331

 

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 22:41

Une heure avec Arbre(s), anthologie des éditions Donner à Voir, http://www.donner-a-voir.net/.

 

Pour la plupart, on retrouve les auteurs du chemin des poètes de Durcet et c’est un plaisir de se remémorer de bons moments. L’anthologie est à l’image de ces moments, quelque chose de simple et de fraternel, comme un clin d’œil à nos frères verticaux certainement plus proches de nous qu’on n’imagine. J’ai vu vieillir quelques arbres de mon enfance, un cerisier sauvage qui me servait de château-fort gamin et qui, aujourd’hui, ne tient à la vie que par un fil de quelques branches, on en a vu naître d’autres mourir, on voit ceux qui nous survivront et ceux qui serviront à nous chauffer. On vit avec leurs ombres, leurs fruits, leur bois et les tableaux qu’ils dessinent dans le paysage, changeant le tableau : « Il y a / sur le velours de la mémoire / un arbre qui penche et nous parle // Un arbre ou peut-être un ruisseau // Un arbre qui court en nous-mêmes // Et c’est cela qui chante en nous // Ce poème / - passager des feuilles - / qui réinvente les saisons / chaque matin. » (Alain Boudet).

 

Et parfois, il raconte, l’arbre, l’histoire de nos vies comme une école de patience et d’attention dans de multiples dimensions et sans avoir l’air d’y toucher : « Mon père avait planté un petit noyer / Il l’a arrosé, il l’a préservé des chevreuils / Par un grillage. / … Il allait le surveiller très souvent… / Nous sommes émus de tant de soin. / Le noyer pousse encore / Et se joue du mauvais temps / Alors que mon père n’est plus. / Sa protection a été efficace, / qui n’était ni policière ni militaire. / Mon père avait prévu : / Maintenant, il s’est bien déployé / Et s’étire sur plusieurs mètres. / C’est une œuvre à la noix ! »

 

Bon, elle traîne peut-être déjà quelque part sur le blog cette chanson de Louis Capart, mais bon, je trouve qu’elle fait joli ici aussi : https://www.youtube.com/watch?v=JEoy8YL--50

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 21:21

Une heure avec « Pleins de vie » de John Fante. C’est toujours une fête pour moi un roman de Fante. Un roman bourré d’amour, d’humour et de poésie. Il n’y a rien qu’un accouchement qui se profile, un trou dans le plancher dans lequel faillit passer la mère, un père peu commode sensé venir le réparer. « Papa était debout près de la fenêtre de la salle d’attente. Quand j’ai posé la main sur son épaule, il s’est retourné. Je n’ai pas eu besoin de parler. Aussitôt il a pleuré. Il a posé sa tête sur mon épaule, et ses larmes m’ont fait mal. Je sentais les os de ses épaules, les vieux muscles tendres ; je respirais l’odeur de mon père, la sueur de mon père, l’origine de ma vie. Je sentais ses larmes brûlantes et la solitude de l’homme et la douceur de tous les hommes et la beauté infiniment douloureuse des vivants. »

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 21:17

Une heure avec Jean-Pierre Andrevon que je connaissais essentiellement en tant qu’auteur de SF dont je fus fan (je lis beaucoup moins de SF aujourd’hui et j’avais un peu perdu de vue cet auteur), une heure avec son recueil de poèmes, Obstinément des femmes des chats et des oiseaux, éditions le pédalo ivre. Andrevon n’est pas poète, ça se sent et c’est ce qui me le rend extrêmement attachant, je veux dire il ne cherche pas à jouer au poète, il met un doux balancement à des propos d’une désarmante simplicité qui confère à ses écrits une sorte de grâce à la Prévert (le recueil se referme sur un inventaire) avec la pointe d’humour qui grince juste comme il faut : « Au bord du gouffre / qui nous attend / inévitablement / on dit on crie / on gémit / ah ! si j’avais des ailes / ah ! si j’avais des ailes / et une voix / en bas / nous fait / si tu en avais / mon gros nigaud / mon grand bêta / tu ne volerais pas / bien haut / on t’abattrait / vite fait ». Le vers est court, la rime facile n’est pas dédaignée façon comptine qui fait sourire mais qui aussi nous tire larme quand il parle de son ami juif, le petit Elie du temps de leurs quatre ans.

 

Poésie obstinée, cri d’amour à la vie (« Les enterrements / je les déteste / tant / que j’irai même pas au mien / ou alors en / me cachant / dans une caisse / au couvercle serré / juste por observer / par une fente / du bois / tous ces vivants / narquois ») qu’on déguste goulument par tous les bouts, c’est le prototype parfait du livre compagnon qui coule limpide sur nos saisons (ce qu’il en reste) : « Et les hivers et les étés // Et la froidure des hivers / et les fruits dorés de l’été / et les promesses printanières / l’automne rougi par les regrets / et le vent qui vient des montagnes / et la ville tendue de fumées / et tous mes châteaux en Espagne / la voix qui criait Liberté / et les révolutions à faire / et les révolutions manquées / et les révoltes de poussière / et la poussière des années / et les années dans les années / et dans le puits de ma mémoire / un livre d’occasions manquées / ma tête ouverte aux courants d’air / de ce qui me reste d’hivers »

 

Andrevon, il chante également et c’est vraiment bien (je conseille d’écouter jusqu’à la fin) :

https://www.youtube.com/watch?v=BNKysICrJlo

https://www.youtube.com/watch?v=2G7_23ENXJI

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 22:17

Une heure avec Le loup toqué de Nikolaï Zabolotski, éditions la rumeur libre, traduit par Jean-Baptiste Para. http://www.larumeurlibre.fr/auteurs/nikolai_zabolotski.

C’est une anthologie poétique avec des œuvres qui courent de 1926 à 1958 soit l’ensemble de ses années d’écriture.

 

J’ai retrouvé dans la première partie l’univers naïvement déjanté qui m’avait séduit dans l’œuvre de son copain Daniil Harms. Sa biographie témoigne des mêmes souffrances liées aux purges staliniennes des années 30 dont les deux auteurs furent victimes. Il raconte dans cette anthologie en quelques pages saisissantes et terrifiantes, comme toujours dans ce genre de récits, l’histoire de son incarcération qui va sensiblement modifier son écriture me semble-t-il.

 

Dans l’ensemble de textes qu'on peut qualifier de jeunesse et qui donne son titre à l’anthologie Le loup toqué, on lit une sorte de fable où un loup tente de dépasser sa condition avec une force révolutionnaire utopique : « J’ai découvert quantité de lois. / Si vous placez une plante dans un bocal / Et soufflez dessus avec un tube en métal, / La plante s’emplira d’air animal / Et vous verrez sortir une petite tête, / Des menottes, des gambettes, / Et les feuilles se flétriront à jamais. / Grâce à ma force d’âme / J’ai cultivé un petit chien à partir d’une plante / Qui s’est mise à chanter comme une jeune mère. » Cette tentative échoue, le loup toqué meurt, on lui rend hommage, « Nous, les loups, nous poursuivrons là-bas / Ton œuvre éternelle. Cap vers les étoiles. »

 

Une pointe de mélancolie cachée derrière un absurde avant-gardiste est cependant toujours présent qui va dominer l’écriture à son retour de camp en 1945. « Fais donc tinter tes cloches, carillonneur ! / N’oublie pas que le monde est couvert d’écume et de sang ! / J’ai souhaité reposer à Ravenne, / Mais Ravenne n’était pas le remède non plus. » Continuons à chercher alors.

 

Si vous avez un moment pour écouter la voix et l'énergie incroyable de Vissotski,

c'est dans le ton  https://www.youtube.com/watch?v=x_HhWosCvYc

 

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 23:16

Une heure avec Équiper les anges – et dormir, dormir de Katia Bouchoueva, éditions la passe du vent, http://www.lapasseduvent.com/Equiper-les-anges-et-dormir-dormir.html#livre826.

 

Elle nous envoie des nouvelles Katia, avec son accent russe qui segmente en musique les syllabes du français, des nouvelles mais aussi « un poisson, une chouette, un opinel, deux douilles à dissoudre dans une bière bien tassée… ».

 

Elle arrive avec ses nouvelles là où on ne l’attend pas, on peut parler d’Objet Poétique Non Identifié, bon je sais c’est bête mais il y a aussi plein d’animaux au fil des pages, parfois en peluche. A ce propos, elle sait Katia voir la poésie dans des lieux aussi insolites que les manifs pour tous. Elle nous recopie ce message d’un(e) manifestant(e) : « Si j’aime mon ours en peluche / je vais épouser mon ours en peluche ?... On peut aller loin vous pouvez épouser n’importe quoi / puisque c’est le résultat de votre volonté / avec ça je peux épouser mon champ de carottes… ». Merveilleux. Et elle enchaîne : « Comment me marier avec vous, sapin ? / Avec vous, olivier, cèdre, chêne ?... » Ah le beau sourire de la dérision quand il déborde d’amours improbables et pourtant tellement évidents, « nous nous aimerons comme des vieilles / armoires au teint ocre pâle / dans ce lieu haut et sombre, / dans ce lieu haut et sale. » C’est aussi ça qu’on aime, cette poésie pas trop bien léché qui lorgne vers le slam qui sait communier avec les pleins de poux qui picolent un vin pourri mais qui marchent en mélodie.

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 20:16

Une heure avec la revue Décharge n°173 (http://www.dechargelarevue.com/Decharge-173.html).

J’aime bien Jean-François Mathé, ses textes, l’auteur je le connais pas. « Tu as regardé le vent / finir en lambeaux dans les arbres / et plus aucun appel n’est venu / de ce que tu avais pris pour une voix. » Il est de ces auteurs dont les phrases font presque toujours écho, je sais pas pourquoi et ne cherche guère à le savoir.

Sympa, trop sympa Jacmo, on dirait qu’il a pensé à moi question écho en faisant se succéder Mathé, Sourdin, Berchoud et Cornière.

 

Aller, de Bruno Sourdin, je vais sortir pour les besoins de cette heure un memoriam à l’ami Jégou, le marin sorte de parrain de Gros Textes (un des tout premiers poètes à nous avoir confié des textes du temps où je connaissais personne) «… Et maintenant qui m’appellera frère ? / Qui versera du vin pour me consoler ? Qui braillera avec moi à tue-tête sans se soucier du lendemain ? / Qui m’accompagnera dans ma longue nuit ? / Tous sanglots ravalés // Je détourne la tête pour cacher mes larmes / Je sais seulement qu’il est parti / Je ne sais où » (en gras un vers extrait de « Une meurtrière dans l’éternité » d’Alain). Je me souviens, ça me fait penser à notre au revoir sur un quai de gare à Gap une fois qu’on l’avait invité par ici. On avait tous les deux caché nos larmes avant de nous quitter. C’était la deuxième fois qu’on se voyait et comme il était déjà bien malade, chacun se doutait qu’il n’y aurait pas de troisième.

 

Merde, y’aurait pas des trucs plus gais ? Ben non après c’est pareil pas pire avec des extraits de « le dit des rides » de Bruno Berchoud. Il excelle pour parler des vieilles personnes Berchoud. Là c’est sa maman. Un peu d’humour quand même lorsque la Mère s’insurge quand son fils lui ramène un ventilateur – faut ventiler les vieux depuis qu’ils sont morts en grappes en 2003 – « Elle dit, le geste à la parole sa main en marionnette à hauteur de la tempe, c’est mon fils qui déraille prendrait sa mère pour une voiture ». Malgré tout, il arrive un moment où c’est comme ça « Mais non ma mère, la chaise ou l’escabeau tu n’y monteras plus », on en est tous là.

 

François de Cornière, ben lui il fait toujours dans le condensé de vie qu’il fait tenir avec son temps et son espace en quelques lignes qui font mouche à tous les coups. La question banale, le petit nuage que tu sais pas pourquoi il vient te bouleverser, la musique du moment, les vieilles photos comme des fantômes ou des voix lointaines qui se sont tues (pas tout à fait quand même, déconne pas, sinon le poème sert à rien), des scènes de film avec un silencieux (le machin pour tuer en toute discrétion), une pancarte au bord de l’autoroute qui indique ligne de partage des eaux… « Mon émotion est toujours là. / Je me demande / ça tient à quoi ? / ça tient à quoi ». J’en suis là aussi et je crois que je me fous de la réponse.

 

Si vous avez encore le temps pour une jolie chanson zavez qu’à cliquer là : https://www.youtube.com/watch?v=4az34HljL9s

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