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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 21:42

Une heure avec Michel Merlen dont un mail de Claude Vercey vient de m’annoncer le décès. Michel Merlen c’était pour moi 3 ou 4 lettres, à peu près autant de coups de fils, un nom que le bouquiniste que je suis retrouve des quantités impressionnantes de fois dans les revues des années 70, un livre chez Gros Textes en duo avec Catherine Mafaraud-Leray, 

https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2012/mafaraud-catherine-merlen-michelun poète discret et essentiel, exigeant à la façon d’un Robert Momeux, autre auteur à peine croisé, ou bien sûr Jean-Michel Robert qui lui aussi a plié bagages l’année dernière. J’ai une pensée pour ce révolté tendre, poète insoumis (né en 1940, il a pris en pleine face la guerre d’Algérie et les blessures qui ne se ferment jamais tout à fait), et son indéfectible parti-pris pour l’amour et la vie :

 

« Je n’ai plus peur

La ville a un beau corps

Au détour d’une place

Les yeux dans les yeux

Nous ranimons

Les roses noires

Les oiseaux dorment sur leurs ailes

La mort viendra

Je sais

Mais je vivrai d’abord »

*

 

« Les rues marchent toutes seules

il fait noir comme jamais

c’est la nuit

dans son lit

un homme se retourne

au passage de sa mémoire

le désir triomphe des veuves

l’hiver sourit avec ses dents de neige

la mort ne viendra jamais

c’est toujours la vie

qui gagne la partie »

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 22:44

Une heure avec « Milo » de David Bosc, éditions Allia.

 

L’image de couverture n’a rien de folichon mais sur la quatrième cette simple phrase a titillé ma curiosité : « Si ma tristesse est une chemise, je ne la remets pas. » Et j’ai découvert un roman fort à mon goût au style somptueux.

 

C’est l’histoire d’un banni, laissé pour compte, squatteur semi clodo, qui revient sur les lieux de ce qui aurait pu être une enfance et tente d’y survivre. La survie, c’est bien toute l’affaire, un peu comme chez Beckett (Murphy, Mercier, Molloy, Malone) avec le même type de densité oppressante jusqu’à en devenir hallucinante voire comique.  On avance dans un monde de poupées de chiffon en retenant le cri de l’enfant, en faisant diversion en récupérant des trucs à la décharge et en observant les frères humains. En sifflotant de la sagesse également dans les pires moments : « Milo fredonne une comptine, il se rassure, il reprend pied // Rondin, picotin, la Marie a fait son pain / Pas plus gros que son levain / Son levain était moisi / Et son pain tout aplati / Tant pis. // Une comptine, c’est une arme de héros. C’est toute l’essence du courage antique. »

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 23:08

Une heure avec Les Hommes sans épaules n°42, ne suffira pas. http://www.leshommessansepaules.com/revue-Dossier___Claude_PELIEU_&_la_Beat_generation-41-1-1-0-1.html

 

Après un hommage de Christophe Dauphin à Yves Bonnefoy viennent les porteurs de feu, Hans Magnus Enzensberger et Cees Nooteboom, poésie de combat d’un côté « Qu’attendez-vous encore ? Fourrez-vous des bijoux / Des ouvre-boîtes et des clavecins dans le giron, / proposez à Némésis un forfait / et pliez bagages ! et n’oubliez pas d’empaqueter / vos valeurs, vos masques à gaz et vos bas-ventres ! » et de l’hésitation de l’autre « Tout cela, c’est moi qui l’ai inventé, / les danses, l’eau / la voiture, la glace… Sauf toi, toi je ne t’ai pas inventée / Toi, tu étais sortie du temps translucide, / peut-être comme moi, peut-être autrement… »

(à suivre)

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 19:00

Une heure avec Exil de Marie Guastalla (aquarelles) et Jean-Pierre Petit (texte).

http://cardere.fr/poesie-contemporaine/141-exil-9782914053983.html

 

Tout au long de l’ouvrage au format paysage, on ne voit que des personnages stylisés qui avancent dans le même sens dans une forme de tunnel, en rang ou par groupes, dispersés ou se tenant la main, troupe immense dans le temps et l’espace pour la plupart aveugles ou borgnes, vaille que vaille, ils avancent sans savoir pour quelle destination. Parfois ils s’interrogent, où allons-nous ainsi ?  d’autres fois ils voudraient se poser, se reposer, cohorte hétérogène qui n’a cesse d’avancer dans le tunnel où tout arrêt est impensable. On peut penser qu’au bout sera le bonheur et que le but vaut bien de supporter souffrance peur et incompréhension. Il y en a qui écrivent ou griffonnent de drôles de choses, d’autres fredonnent. Est-ce que ça sert à quelque chose ? En tout cas ça les aide à tenir debout.

 

Le texte tient en deux pages mais on peut bien passer une heure à suivre en aquarelle cette histoire tellement banale, tellement envoûtante, tellement ressemblante à l’humaine destinée, au trajet commun

 

Pensé à cette chanson de Richard Desjardin en marchant avec les autres :

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 21:00

Encore une heure avec la revue Traction Brabant n°73, Moi je vote pour la poésie.

Où l’éditorialiste se pose la question des raisons qui le pousse à aimer la poésie et s’étonne de ne pas se l’être posée plus tôt. Il a fallu attendre 13 ans et 73 numéros. Patrice Maltaverne dit croire « en la poésie parce que ce n’est pas une religion ». Pour ma part j’ai des doutes sur le bidule car il me semble avoir croisé dans le marigot, des machins qui ressemblaient étrangement à des prêtres. Mais bon… On va pas se chamailler pour ça. D’autant qu’un peu plus loin Julien Boutreux nous met d’accord : « tu me parles du poète / de son refus du monde / de son écriture au-dessus de la vie / son écriture qui ne tient pas vraiment debout / qui danse sur le sol du réel / de son mouvement flottant / de son appui léger / de son trait fin / de son manque de fermeté / de sa trajectoire sinueuse / de ses oscillations autour de la verticale / de ses formes liées et combinées et ornées qui l’enferment / tu me parles de ce foutu poète / qui s’est construit un monde de rêve / une tour d’ivoire / un mur autour de lui / sur lequel il peint des fresques qu’il appelle l’infini / tu me parles du poète / et je te réponds oui c’est un grand malade / d’ailleurs je ne donne pas cher de ma peau de vent »

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 22:13

Une heure avec la revue Traction Brabant n°71, Alice au pays des vermeils. http://traction-brabant.blogspot.fr/

 

Un édito au sourire grinçant par le maître des lieux, Patrice Maltaverne, qui cause amitié entre poètes sur le mode du « tu parles » pour dresser un portrait à charge de l’animal, avant que Cathy Garcia n’enfonce le clou bien profond « on peut tout faire avec un poète, et surtout rien… », on est d’ailleurs souvent à la marge de la poésie comme j’aime l’être dans ces pages et comme pouvait l’être feu la revue « microbe » de l’ami Dejaeger, ces marges où j’ai plaisir à me prélasser, picorer de ci de là, quelques bêtises savoureuses « Mange ta soupe, mon fils, pour devenir un assassin, comme ton papa », une évocations de Buster Keaton, le poète du gag, ou quelques ruptures fulgurantes « Renonce, ce n’est pas réparable, je suis loin maintenant, hors d’atteinte, oublie-moi, c’est trop déchiré, récupère tes portes battantes, tes mots poisseux, ton permis de détruire et rends-moi : le bandeau pour garder les yeux secs et frais, la poudre pour raviver l’estime de soi, la puissance de la confiance, les plantes à feuilles, le faux cactus, la nappe qui oblige à manger en silence, les couverts que j’ai tordus par la pensée, la lucarne et le ciel dans le grenier, le reste, tu peux prendre. » (Florentine Rey), passer du temps et écrire de longues phrases que je sais pas si elle est très correcte celle là.  

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 21:27

Une heure avec « Mes amis » d’Emmanuel Bove (vieux livre de poche) mais ce titre se trouve aux éditions « L’arbre vengeur ».

 

C’est l’histoire d’un blessé de la guerre (14-18) un peu, et blessé de la vie, normalement, un solitaire qui cherche à se faire des amis avec toutes les maladresses des égarés de l’existence, des encombrés de la relation à l’autre, des mendiants d’une affection quelconque qu’ils ne savent pas par quel bout aborder. Le livre plutôt fin se découpe en chapitres assez courts comme autant de nouvelles au style précis et minimaliste s’appuyant sur des phrases courtes et d’une attention aux détails d’un quotidien intemporel qui le rend étonnamment moderne (il est sorti en 1924) et quasi universel.

« Un homme comme moi, qui ne travaille pas, qui ne veut pas travailler, sera toujours détesté. J’étais dans cette maison d’ouvrier, le fou, qu’au fond, tous auraient voulu être. J’étais celui qui se privait de viande, de cinéma, de laine, pour être libre. J’étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable. » 

 

Ce roman se place du côté des humbles et des laissés pour compte montrés avec leurs faiblesses et leurs maladresses, leurs désirs dérisoires et leurs angoisses ordinaires avec ce sentiment de s’être trompé de vie en rentrant dans un corps à la limite de l’étrangeté mais auquel on s’accroche maladivement comme notre seul bien dans l’absurdité de l’infini :

« Je me sens tout petit à côté de l’infini et bien vite j’abandonne ces réflexions. Mon corps chaud, qui vit, me rassure. Je touche avec amour ma peau. J’écoute mon cœur, mais je me garde bien de poser la main sur mon sein gauche car il n’y a rien qui m’effraie tant que ce battement régulier que je ne commande pas et qui pourrait si facilement s’arrêter.»

 

 

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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 09:51

Je reste avec Alfonso et son bestiaire qui englobe allègrement quelques objets comme l’indique le titre (Rigoler avec une pantoufle) avec une tendresse toute particulière pour les mouches :

 

« Les mouches sont des saintes, elles ont de toutes petites auréoles qu’on aperçoit à peine, forcément. Si vous mettez une auréole normale, celle de saint Barnabé par exemple, sur une toute petite tête elle ne tient pas la route, elle flotte et le vent l’emporte, de même qu’une chaussure de pointure 45 ne saurait convenir à un joli petit pied délicat. Ne m’obligez pas à articuler des évidences !

 

Les mouches ont une vie très courte, très aléatoire, elles vont et viennent en été seulement, et les chats les bouffent, on les extermine méthodiquement de manière diabolique avec des papiers enduits de colle, on les écrase d’une claque car on les trouve désagréables quand elles se posent sur la peau. Certaines personnes se croient malheureuses et se plaignent sans cesse, je voudrais bien les voir à la place d’une mouche !

 

Elles sont modestes, se contentent de peu, affluent goulûment sur les bouses de vache, elles acceptent sans problème les mets les plus répugnants, franchement j’admire leur sagesse, leur faculté d’adaptation aux conditions les plus difficiles ! Certes, elles ne refuseraient pas des ortolans, mais nous les laissent de bon cœur. Elles sont altruistes.

 

Il paraît que le paradis ne leur est même pas ouvert… voilà une énorme injustice à mettre sur le compte du créateur ! Encore un qui n’aime pas les mouches ! »

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 23:34

Une heure avec Alfonso Jimenez « Rigoler avec une pantoufle », éditions Gros Textes, 2014. https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2014/jimenez-alfonso

 

Un livre que je regrette de ne pas vendre plus tant je suis heureux de l’avoir publié. Un des plus follement déjanté du catalogue. Jimenez donne l’impression de ne reculer devant aucune audace, aucune absurdité, aucune entorse au bon sens pour nous plonger à chaque page dans un délire très personnel. Il définit d’ailleurs ainsi sa personne (dans la Nouvelle Revue Moderne) : « Je suis un adepte fervent du non-agir taoïste : si un beau jour la plume s'agite sur le papier parce qu'une jubilation trop forte la démange, on la laisse faire, ravi, aux anges...une trouée dans les nuages ouvre soudain des chemins favorables aux fantaisies de l'esprit, un petit vent entre les orteils transporte au paradis, une infime dose de bonté libère innocemment, même si l'on n'a pas inventé la poudre qui pète deux fois. On décolle légèrement au ras des pâquerettes.
Que dire de plus concernant ma vie ? Je viens d'Espagne, je suis passé par la France et maintenant, depuis les années soixante, j'ai atterri en Suisse. Je viens d'ailleurs et je vais nulle part, comme dirait plus ou moins Pierre Dac. D'ailleurs, suis-je ? Un bouddhiste dirait : où est l'égo, et d'abord, qu'est-ce ? La brosse à reluire ? J'ai fait plusieurs boulots, mais je préfère les moineaux sur les toits et le frémissement des bleuets !
Compagnons, rigolos de tout bord, atrophiés des biceps mais illuminés du regard, forcenés de la rétine et malmenés de la rate, nos solitudes débouchent à deux pas de l'indicible, là où l'on est quand même moins seul ! »

 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 21:56

Une heure avec Marianne Desroziers, « Ma mère en automne », éd. Gros Textes coll. Alpes Vagabondes https://sites.google.com/site/lesalpesvagabondes/

 

Armand le Poête écrivait dans son premier recueil « C’est amusant les photos de famille, il y a les morts et les pas encore morts ».

 

C’est à feuilleter un album de photos de famille que nous invite Marianne Desroziers avec l’image de la mère disparue au centre, et on visite une vie en une vingtaine d’images et autant de poèmes qui leur font face, à la limite de la poésie, plus près du témoignage brut et sans inutiles fioritures, sans le désir de faire une œuvre, juste dire les choses de la vie, parfois à la limite du style télégraphique, d’une vie avec ses croisements, une vie en petites touches, comme des effleurements. La part belle est faite aux années 60, 70 et leurs couleurs particulières, les années de jeunesse de la mère, une époque dont l’auteur nous restitue délicatement l’ambiance, cabans à carreaux et pattes d’éph, la douche des enfants dans une bassine en fer, vélo et transistor, été à la campagne, hiver à la neige, la légère mélancolie qui serre le cœur, quelque chose de cette « inflexion des voix chères qui se sont tues » mais aussi quelque chose comme un écho de bonheur « Nous avons l’air heureux / Je crois vraiment que nous l’étions / Me trottent dans la tête / des chansons de Nino Ferrer ».

 

Ben allons-y : https://www.youtube.com/watch?v=Mu4fBIxwUCQ

 

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Je m'efforce d'insérer dans ce blog les annonces des publication des éditions associatives Gros Textes, des billets d'humeur et des chansons de ci de là. Ceci n'ayant rien d'exhaustif.

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Nous allons tenter dans les semaines qui viennent de proposer à la vente à partir du blog certains livres de notre épicerie littéraire.

Pendant le chantier, si vous tombez sur un bouquin que vous cherchez, vous pouvez envoyer un mail à gros.textes@laposte.net, et on vous dit comment faire.