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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 20:48

Le catalogue Gros Textes a migré ici : https://sites.google.com/site/grostextes/.

 

Cette semaine j’ai lu

Les vitamines du bonheur de Raymond Carver, éd. Stock

« Il s'arrêta dans sa marche. Il avait le cœur au bord des lèvres. Il se pencha au-dessus du caniveau. Sa gorge se soulevait, mais il n'en sortait rien. Il se redressa lorsqu'une voiture pleine d'adolescents braillards passa dans la rue, le saluant d'un grand coup d'avertisseur musical. Oui, se dit-il, un grand mal presse l'univers de toutes parts, et il lui suffirait de la moindre crevasse, de la plus minuscule fissure pour s'y introduire. »

L’écriture au scalpel et toujours le drame ordinaire qui couve quelque part.

 

Petits malentendus sans importance d’Antonio Tabucchi, 10/18

Un peu la même veine que Carver avec juste un peu plus de décors : « A force de danser, l'année suivante est arrivée. Ce fut l'année d'une phrase qui devint un emblème, nous en abusions parce qu'elle s'adaptait aux circonstances les plus variées: ne pas se trouver à un rendez-vous, dépenser plus que nous n'avions, oublier un engagement important, lire un livre considéré comme excellent et qui en fait était mortellement ennuyeux: toutes les erreurs, tous les quiproquos, toutes les méprises qu'on faisait, étaient "un petit malentendu sans importance". »

 

J’ai fabriqué

Ma muse s’amuse de Jean-Pierre Lesieur, préface de Claude Albarède

https://sites.google.com/site/grostextes/

Jean-Pierre Lesieur devrait être tenu pour le plus grand poète des cinquante dernières années et ce n’est pas le cas. Qu’est-ce qui a foiré ? Ben il passe son temps à s’amuser et ça ne pardonne guère dans notre triste époque.

«  Je marchais le long d’une rizière de roseaux / Sans penser à rien d’autre / Qu’à ne pas mettre mes bottines / Dans l’eau des flaques / Soudain j’aperçus dépassant au-delà des plumeaux / Une chevelure blonde / Portée par une femme / Vaporeuse silhouette / Je marchais le long d’une rizière de roseaux / Écoutant les merlettes / Battre la campagne / À la recherche d’un merle / Soudain je me souvins de la voix de l’enchanteur / Qui m’avait promis / De rencontrer par hasard / Une muse trop belle / En marchant le long d’une rizière de roseaux  / Et je jetais un regard en coin / Même en coincoin / Vers la chevelure blonde / Qui dépassait au-delà des plumeaux de roseaux  / Il y avait en dessous  / Des yeux de porcelaine / Qui brillaient dans le soleil / Ainsi rencontrai-je le long d’une rizière de roseaux / La muse poupée / Qui avait parcouru / Les chemins de mon enfance »

Je donne tout Bonnefoy, Meschonnic, Jaccottet et Bernard Noël pour une pirouette de Lesieur.

 

Et ces conseils de bon sens commun qui ouvrent et referment le recueil :

            « Pour choisir une muse il faut beaucoup chercher dans tous les livres de poèmes,  dans les bars et les brasseries, dans les lieux mal famés, dans les paquebots en partance, dans les clandés, dans les bals du 14 juillet, dans le port d’Amsterdam, dans les films pornos, dans les films d’amour, dans les films de cape et de petite épée, dans les autobus, dans les trains nationaux, internationaux et départementaux, dans les cimetières, dans les tramways de Lisbonne, sur les remblas de Barcelone, dessous le mennekein piss, aux sommets des buildings, sur les tire fesses, dans le canal d’Utrecht, dans les écluses du canal de l’Ourcq, vers la Villette, dans les petites voitures des quatre saisons, dans la forêt landaise, sur le mont de Marsan, dans les drames de Ionesco, dans les rhinocéros, sur les cantatrices chauves, aux terminus de la RATP, à l’assemblée nationale, aux portes du désert, à l’Alhambra de Grenade et celle de Paris, au carrousel du Louvre, dans les douves de Vincennes, à la poterne des peupliers, rue Saint Merri, dans le Marais, quand les cloches de Bâle sonnent à toute volée, dans les livres de Victor Hugo, dans le silence du Sahara, dans le bush, sur la banquise entre deux pingouins et une pingouine, à l’espace Pompidou, au salon de Provence, dans la cage d’un oiseau, dans Parole de Prévert, dans une cour de récréation de re création de dé création, dans les bottes du Père Noël, dans un renne, dans le petit Trianon de Marie-Antoinette, dans les femmes de Louis XV, dans la prison du Temple, dans le carreau du Temple, dans un temple bouddhiste, dans la rue des Archives.

            Pour choisir une muse ? ah ça oui ! il faut beaucoup chercher. »

 

« Si vous n’avez pas encore trouvé votre muse ne désespérez pas, elle est quelque part. Fouillez dans vos affaires, retournez les rideaux, téléphonez aux poètes, aux objets trouvés, à la poste restante, lancez vos plus fins limier sur la piste de la belle, intervenez  dans les médias, internétisez-vous, intentez une main courante en pouvoir de recherche, dévorez les dépêches du midi et d’ailleurs, rembobinez le fil d’Ariane, cassez les codes de la recherche fondamentale, devenez chercheur à la petite semaine, en titre, en technologie de base, prenez l’avion par le bon bout, écrivez dans tous les sens, inventoriez les caves de la bibliothèque nationale, multipliez les interventions poétiques, écrivez au bon dieu et à ses saints, implorez les géographes, déplumez les météorologistes, impactez les coups de foudre, dégommez les orages, éberluez les amazones et le saint frusquin, bouclez les ailes de la boucle de raie et le tour de France, vissez un vélo dans la tête des aventuriers, dégommez les chercheurs d’itinéraire qui ne trouvent jamais rien, éludez les allumeurs de réverbères étoilés, invitez les oiseaux au long cours, remontez les rivières et les mers en furie, cherchez, cherchez encore et toujours vous finirez bien par en trouver une pas trop moche et pour l’éternité nité. »

 

J’ai réécouté de vieux vinyles  de Gilles Elbaz que j’ajoute à la liste des chanteurs trop oubliés. C’était un parolier génial qui savait s’entourer de bons musiciens de jazz années 70. Je vous en livre deux titres qui barbotent pas trop loin finalement des muses à Lesieur.

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Si des ouvrages présentés dans ce blog vous intéressent, vous pouvez les commander en envoyant un chèque correspondant à la somme indiquée (+ un forfait port de 1 €) à l'adresse des éditions :
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05380 Châteauroux-les-Alpes

pour tout renseignement complémentaire (conditions d'envois et de remises pour les libraires, collectivités...), vous pouvez écrire à gros.textes@laposte.net

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Les pages ventes par correspondance sont en chantier.

Nous allons tenter dans les semaines qui viennent de proposer à la vente à partir du blog certains livres de notre épicerie littéraire.

Pendant le chantier, si vous tombez sur un bouquin que vous cherchez, vous pouvez envoyer un mail à gros.textes@laposte.net, et on vous dit comment faire.