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En vrac et en dentelles

Lectures de mai - juin

 

Comme en poésie n°49 mars 2012

2149 avenue du Tour du lac, 40150 Hossegor

3 € - abn : 12 €

j.lesieur@orange.fr

http://pagesperso-orange.fr/jean-pierre.lesieur

 

Jean-Pierre Lesieur revendique haut et fort son statut d’artisan de la poésie avec ce savoir faire qui, dit-il dans son édito, n’est pas si facile de partager avec d’autres. Je dirais que je marche dans ses pas. Lesieur appartient à la famille des grands parrains de Gros Textes. Il interroge également le statut de diffuseur de ce petit artisan. Question au centre de mes réflexions actuelles. On avance par tâtonnements successifs modestement mais avec cette détermination un peu folle qui va bien au teint du poète.

Sinon dans les pages il y a le plaisir de retrouver Michel Monnereau qui livre une série de poèmes d’une rare puissance dans le désenchantement ontologique « S’il te restait des larmes tu pleurerais / sur une vie qui te ressemble si peu. »

Je citerai encore la voix originale de Paul-Henri Vincent. J’aime bien ce personnage légèrement en retrait mais qui déploie ce que j’appellerais une patte poétique qui interroge le regard et c’est justement ce qu’il fait « essayez donc de soutenir le regard d’une mouche. » Catherine Mafaraud-Leray médite sur ses seins et ce sont des postillons de vie qui défient le temps. Evelyne Morin ou Véronique Joyaux me bouleversent également. Bruno Sourdin offre à découvrir un poète tradition beat, Barry Edgar Pilcher « Essayant de compter / les oiseaux qui passent - / oh ! ils sont trop nombreux ». Aphorismes de Michel L’Hostis ou Georges Cathalo : « Etes-vous sûrs de ne pas vous contredire en vous taisant ? » (G.C.)

 

*

 

Pour le réalyrisme de Roland Nadaus,

Ed. Corps Puce, collection l’Art du mot

27 rue d’Antibes, 80090 Amiens

9 €

http://corps-puce.org

 

Il s’agit d’un manifeste pamphlet écrit en 1981 et une critique acérée d’un certain petit monde de la poésie. Il y a un radical parti-pris contre une poésie de l’hermétisme et de laboratoire en linguistique. Certes le microcosme n’a guère évolué comme le constate l’auteur en quatrième de couverture mais le débat et les arguments non plus. Tirer sur ce qu’on a appelé un temps la novpoésie, aujourd’hui je dirais plutôt « à quoi bon ? ». Les arguments sont connus, les lignes sont posées. Ne vaudrait-il pas plutôt déplacer le débat et se questionner sur les causes de l’apparition de cette novpoésie, pourquoi fut-elle à ce point encensée un temps ? Par quels mécanismes s’est-elle placée au service d’une pensée dominante tout en affirmant des prétentions révolutionnaires ? Une des cibles de Nadaus a pu écrire :

"Mon intention, c'est plutôt d'écrire des poèmes qui ne veulent rien dire ; où chaque vers détruit le précédent, puis il y a un résultat nul. Faut pas qu'il y ait de fin comme dans Hugo. (...) Faut pas que ça finisse, faut pas que ça commence, faut que ça parte comme ça. C'est trop facile de faire un dernier vers Ce que j’essaie de faire un peu c’est de rester dans l’informe parce que formel, ça fait trop poli, parfait, léché." (Jude Stéfan. - Lien : http://www.lussasdoc.com/film-l_atelier_d_ecriture_de_jude_stefan-4,26538.html ) Cette citation n’est pas dans l’ouvrage de Roland Nadaus, je l’ai retrouvée en feuilletant un cahier écrit du temps où je pétitionnais contre un fameux numéro du magazine littéraire qui avait fait la part un peu trop belle à la novpoésie selon l’avis de quelques uns dont j’étais. Mais aujourd’hui, plutôt que continuer à tirer sur les ambulances que sont les Roche, Prigent, Pleynet et autres suceurs d’un Lacan laborieusement digéré chez L’infini ou Tel Quel (qu’il faut inviter à lire par ailleurs même si cela demande quelque effort si on veut pouvoir critiquer efficacement), ne pourrait-on pas commencer à se demander en quoi leurs postures servent le pouvoir. Quel intérêt politique avaient (et ont encore) les financeurs de cet hermétisme esthétique (époque bénie pour ce genre d’artistes que furent les ministères du chouchou du monde des arts que fut Jack Lang). Voyons quelques pistes :

Tout d’abord, des artistes qui n’ont rien à dire, qui ne finissent rien et s’autodétruisent, effectivement, ça change des Hugo, Vallès, Zola ou Couté, ils seront beaucoup moins bien en capacité de nous donner des pistes de résistance aux injustices et à l’élaboration d’un monde meilleur (ce que permirent souvent les œuvres des ancêtres emmerdeurs sus-cités).

Financer et tenir pour une avant-garde des discours abscons ou provocateurs sans réel objet, accepter les fautes de français (« faut pas que… »)  dans un temple de la culture française (Beaubourg), c’est démontrer qu’on est démocrate et défenseur de cette fameuse liberté d’expression dont on s’est gargarisé à s’en lustrer les amygdales, mais une liberté d’expression à peu de frais et bien inoffensive. C’est mettre sous le tapis l’idée que la démocratie c’est de la lutte sociale dont les instruments demandent une construction attentive et pas « que ça parte comme ça ».

Troisième piste et j’arrête. La critique de ce qu’on ne comprend pas (et pour cause…), qui n’a pas de forme, d’un résultat nul, est plus délicate, plus dangereuse, voire impossible par rapport à la critique d’une œuvre formelle, et puis on risque de passer pour rétrograde, censeur ou pire fasciste ou stalinien... Or l’expression esthétique devrait être un puissant moyen de développer la critique, le goût, le conflit, l’argumentation (c’est bien ce qu’était le théâtre dans la démocratie athénienne). Pouvoir évoquer le surgissement de la vie dans sa complexité contradictoire c’est faire œuvre littéraire et peut se révéler subversif, authentiquement pour le coup.   

Il y aurait aussi à dire sur les conditions économiques, les rapports de productions d’objets et de symboles du moment du capitalisme dans lequel apparait tel type d’expression (pourquoi disons au cours des années 60 ? Il doit bien y avoir une raison). Il faudrait se demander si l’effet oh combien évident aujourd’hui, que l’essentiel des classes populaires, dégoûtées par un art qui ne leur était plus destiné,  s’est réfugié dans les industries culturelles dont l’objet central est la promotion du consumérisme (le coup du temps de cerveau disponible) n’est pas du pain béni pour les classes dominantes. etc… etc…

Bref, j’ai été un peu long. J’attends des réactions. Ceci dit, j’ai peut-être donné l’impression de dénigrer « Pour le réalyrisme » de Roland Nadaus, mais j’ai seulement voulu dire que le débat induit mérite d’être élargi aux causes et non plus se limiter au constat. Ceci n’enlève rien à l’humour et l’intelligence pétillante du propos.

 

*

 

Ventres de Stéphanie Ferrat, Ed. Potentille, 8 allée Marcel Paul, 58640 Varennes-Vauzelles.

http://editionspotentille.blogspot.fr/

ed.potentille@gmail.com

7,70 €

Poésie de l’épure pour parler de ce corps incertain, du provisoire et de l’absence promise par ce « long collier des morts » qui sont du « même fil » que nous. Devant cette économie de mot, on peut rester longtemps, le temps d’habiter le nid « où une image se construit », le temps de se fabriquer un corps « par force  /  par décision »

  

*

  

Villes d’Afrique de Dominique Dieterle, édition Le Chien du Vent

www.lechienduvent.com

www.lettresanisara.over-blog.fr

10 €

Un très bel objet que ce premier ouvrage d’un nouvel éditeur (Editrice en l’occurrence).  Un carnet de voyage qui là aussi fonctionne à l’épure et à l’économie,  ces villes d’Afrique sont à peine esquissées de quelques mots images qu’autorise la poésie. Car c’est en poète que Dominique Dieterle emmène le lecteur « Au bord du Niger un enfant parlait sans se lasser à la terre rouge, à la femme blanche qui ne l’écoutait pas, à l’ombre grise d’une espérance inutile. » Ce livre se lit dans les deux sens, un côté pour des impressions liées à quelques « villes d’Afrique », de l’autre des réflexions plus générales et les péripéties du quotidien. Entre les deux, cinq courts poèmes qui résument ce voyage en profondeur. « le brassage des eaux profondes fait remonter / le temps / que les puits d’ombre ont avalé / bouger bouger / et ne pas demander si être / c’est être quelque part / ou être de quelque part / ou être quelque chose / ou quelqu’un / mais cadencer le mouvement mécanique / talon après talon / roue après route / qui ne se posent jamais »

 

*

Verso  n°148 , 547 frue du Genetay, 69480 Lucenay

http://revue.verso.free.fr

5,50 €. Abon : 20 €

Un édito particulièrement enlevé d’Alain Wexler donne d’entrée envie d’aller voir dans le détail de cette revue dense (132 pages) et toujours intéressante, ce numéro est riche en découvertes d’auteurs peu connus (de moi de moi en tout cas), impossible de citer mais possible de dire qu’il s’agit là d’une formidable approche de la poésie contemporaine (pour pas cher).

 

 

 

*

 File0001-copie-1.jpg

La Nouvelle Revue Moderne n°29, 68 rue du Moulin d’Ascq, 59493 Villeneuve d’Ascq,

Phil.fax@free.fr

http://nouvellerevuemoderne.free.fr

Abonnement 4 n° : 24 €

Etonnante revue à l’image des collages de son boss, Philippe Lemaire, colleur de rêves, ça lui va bien et donne la tonalité de l’ensemble.  Dans ce numéro, on trouve des extraits du surprenant ouvrage de Fred Jimenez que Gros Textes vient de rééditer (édition originale « Pont de l’épée », 1977) et que Philippe Lemaire a illustré. Un hommage à Jean L’Anselme « on trouve toujours un abruti / pour vous emmerder dans la vie. » Olivier Salon nous confirme ce qu’on pressentait, c’est bien un mouton qui a inventé toute cette histoire de planète, de rose, de Petit Prince, d’aviateur et de Saint Exupéry. Aussi érudit que ludique, Didier Morel raconte un aspect de l’histoire du jazz et de la danse. Et crescendo dans le délire musical de science fiction tendance Douglas Adams, Roger Femur et Donna Stratoss content du « Wak’n’wôll » aux accents galactico sixteenesques.

 

 

*

 

 

Sous la guirlande des mots de Jean-François Forestier, illustrations de Paul Constantin

Ed. donner à voir, 91 rue de Tripoli, 72000 Le Mans

www.donner-a-voir.com

6 €

« Tu arbores aujourd’hui tes grands yeux de fatigue / Deux cernes ardoisés ombrent ton visage / Trace mal lavée de tes insomnies / Promesses manquées / Vestiges de tes remords / J’ai toute amitié pour cette coulée de nuit. » Ce ne sont pas des guirlandes de fête, plane sur ce recueil la légère mélancolie des regards perdus face à la mer et des repas avec de vieux chandeliers et l’âme des choses.

 

 Un dernier battement d’elle de Pascale Albert, illustrations de Marilyne Turmeau,

Ed. Donner à voir

8 €

Histoire banale d’une elle qui attend son il avec « Rien à sourire / à ses voisins de table / elle noie dans le blanc / le peu d’elle / Pas d’ici pas d’ailleurs / les autres de quelque part / lui font peur / Elle tait son regard »  C’est ainsi qu’on fait semblant d’être en vie et que les pauvres mots s’en vont à vau l’eau « cousus sur leurs sourires »

  

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File0002Traction Brabant n°45. Patrice Maltaverne, Résidence le Blason, 3ème étage, 4 place Valladier, 57000 Metz.

p.maltaverne@orange.fr

10 € les 5 exemplaires (autant dire gratuit)

Un édito gentiment provoc à la Audiard où maître des lieux, Patrice Maltaverne, s’interroge sur le nombre de cons qu’il a bien pu publier dans sa revue. Revue qui est un joyeux mezzé avec sa pagination tirée au sort, son exigence et sa couleur poézine quelque part entre Microbe d’Eric Dejaeger et feu Noniouze de Roger Lahu. Ça grouille de vie, ça ne cherche pas à plaire, ça prend pas la pose,  ça n’aura jamais le prix littéraire de la plus belle revue,  on y croise des ébauches jetés là en toute honnêteté et des textes à vous couper le souffle. Bref, c’est vivant, j’aime Traction Brabant.

 

 

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Nous allons tenter dans les semaines qui viennent de proposer à la vente à partir du blog certains livres de notre épicerie littéraire.

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