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Quel système théorique peut nous aider dans la perspective d’une assemblée constituante ?

 

 

La 5ème République est, à l’heure actuelle, contrôlée par une oligarchie politique au service de la finance internationale. Le mot d’ordre appelant à une nouvelle constituante est porteur d’espoir pour les citoyens qui ne veulent plus être soumis aux aléas du marché et aux politiques de rigueur visant au démantèlement de la protection sociale et des services publics. Si nous voulons un véritable renouveau constitutionnel, il faut nous interroger sur les différentes conceptions de la démocratie et travailler à promouvoir celle qui sera en accord avec l’ensemble de nos pratiques et positions politiques. 

 

A l’heure actuelle notre système démocratique est sous-tendu par un ensemble de notions politiques qui, jusqu’à peu, faisait l’unanimité. Nos démocraties sont dites représentatives. La notion de “représentation” est la clef de voûte de nos démocraties.

 

Or, nos démocraties sont plongées dans une crise profonde de la représentation : abstention record aux élections, réélections quasi permanente des mêmes, cumuls des mandats, perte de confiance dans les élus, scandales politico-financiers à répétition, perte de prestige des institutions, désinvestissement des partis politiques par les citoyens, etc. Il serait facile d’allonger la liste. La crise institutionnelle est bien présente même si elle est masquée par la crise économique et financière.

 

Les tenants de la démocratie participative sont en général d’accord avec ce constat. Ils veulent restaurer cette démocratie et pour cela ils prônent une plus grande participation des citoyens. Cette participation consiste à essayer de leurs donner un plus grand rôle en multipliant les débats sur des thèmes politiques (nationalités, nanotechnologie, etc.) dans le but de leurs redonner la parole, preuve s’il en fallait, que les citoyens n’avaient plus droit à la parole[1]. Elle consiste aussi à essayer de redonner un certain pouvoir de contrôle aux citoyens sur les décisions des élus. Mais le grand défaut de cette approche est que le citoyen est exclu de l’essentiel, la prise de décision et l’action politique. Le statut des élus et l’ensemble constitutionnel ne changent pas. En effet, cette démocratie participative ressemble davantage à une série de béquilles que l’on apporte à la démocratie représentative qu’une remise en cause de la représentativité qui est la cause de la crise actuelle.

 

La notion de “représentation” étant  le problème interrogeons sa signification et son origine.

 

1. Que signifie la notion de représentation ?

 

Sa signification est bien connue, un représentant est quelqu’un qui a la capacité de se substituer à la personne qu’il représente. Il est mandaté pour agir à la place d’un d’autre. Le mandataire abandonne au mandant sa capacité d’action. Un ambassadeur est le représentant de son souverain, le Pape est le représentant de Dieu sur terre, un gouvernant est le représentant de son peuple[2], il agit en son nom. L’électeur se fait représenter par son élu.

Le système de la représentation implique que le mandataire ait confiance dans le mandant, que le mandant soit honnête par rapport à la représentation qu’il reçoit, que le représentant ait aussi la confiance de ceux qui voulait avoir affaire au mandataire et qu’il accepte son substitut comme son représentant authentique. Le système, en dernière analyse, repose sur un sentiment celui de la confiance.

On le voit la représentation n’est pas d’abord un système politique. C’est un système qui nécessite un cadre juridique ayant comme ressort et énergie des sources affectives et morales (confiance, honnêteté). Le système de représentation implique que le mandataire transfère un de ses droits, ou la totalité de ceux-ci, à son mandant. Ce transfert, le droit à l’époque classique le nommait une aliénation. S’aliéner, c’est se déposséder. Thomas Hobbes utilise ce sens dans son Léviathan[3]. Rousseau récupèrera ce sens dans son Contrat social[4]. Le vote est le transfert de mes droits politiques à un autre. Ainsi j’aliène ma liberté d’action politique à un autre, je me dépossède de ma liberté politique[5] au profit de l’élu. Les lois qu’il votera, il les votera en mon nom, alors que je n’interviens pas dans leurs élaborations, et j’aurai à m’y soumettre. Dit autrement, une fois le vote effectué, je dois m’abstenir de toute action politique puisque j’ai transféré mon pouvoir d’action politique à mon élu. Je deviens, en théorie, un “abstentionniste structurel”[6]. Dans le système représentatif, le haut niveau d’abstention n’est pas conjoncturel mais structurel. Cependant comme l’aliénation n’est que théorique, dans la pratique chacun garde sa capacité d’action politique, et comme je ne peux pas intervenir de façon institutionnelle, j’interviens sous d’autres formes et dans d’autres lieux, tout spécialement dans la rue. La dualité, entre l’institution démocratique représentative et le recours à la rue, est structurelle, elle est une conséquence de la « représentativité » instituée en dogme constitutionnel.

 

Le représentant du peuple est l’élu non seulement des citoyens qui ont voté pour lui mais également de ceux qui n’ont pas voté pour lui. Ainsi, l’opération de l’élection réunit partisans et opposants dans une même personne ! Cette opération est une imposture car, en réalité, elle est impossible. L’élection de représentants est donc un acte logiquement incohérent. Et, en effet, aucun élu ne se comporte comme le représentant de tous les électeurs pour la bonne raison que cela lui est impossible.  Pour se tirer de ce mauvais pas, la théorie affirme, « il est un élu de la nation française et à ce titre il est chargé de représenter le Bien Commun de cette nation ». L’élection métamorphose l’élu en représentant du Bien Commun[7].  Ce sont les élus qui déterminent la nature de ce Bien Commun et lorsqu’une situation inattendue se présente, les élus doivent y faire face en ignorant ce qu’en pensent leurs électeurs. Ils peuvent même aller à l’encontre de leurs souhaits explicites[8]. Bref, la « représentation » institue une coupure profonde entre les électeurs et les élus. L’existence de cette coupure a été pensée, voulue et instituée par les promoteurs de la démocratie représentative.

 

2. D’où vient la notion de représentation ?

 

Elle possède une origine multiple.

a) Théologique, le Pape est le représentant de Dieu sur terre depuis le XIIème siècle. C’est, entre autres, à cause de ce titre que la papauté est entrée en conflit avec le Saint Empire Germanique.

b) Esthétique, la naissance de la perspective lors de Renaissance italienne, donne une réalité visuelle, sensible, à l’idée de représentation. Un tableau en perspective passe pour la représentation de la réalité car à l’époque on confondait, et on confond souvent encore, image perspective et image visuelle[9].

c) Economique, la lettre de change, une des origines de notre système financier, ne peut fonctionner que si par exemple un banquier de Florence a des représentants à Bruges et réciproquement.

d) Juridique, dans certains cas, je pouvais et je peux toujours me faire représenter par une personne pour signer des actes à ma place lorsque je suis malade, absent, etc. Les avocats sont les représentants de leurs clients, ils parlent à leur place.

e) Finalement, la représentation entre dans le domaine politique par la théorie politique. Chez Thomas Hobbes, le Roi est la créature produite par le contrat social et il est le peuple à lui seul. Il peut donc le représenter sur la scène de l’histoire[10].

Le système représentatif a d’abord été choisi par les révolutionnaires anglais pour établir les droits du Parlement contre les droits royaux. Le parlementaire anglais n’était pas nécessairement attaché à une région ou à une ville, il était le représentant du Bien commun contre les intérêts du roi[11]. Dans la victoire du système représentatif sur le système de démocratie directe, il existe un moment essentiel : celui de la Révolution Américaine. Les Pères Fondateurs se sont posés explicitement la question de savoir s’il fallait adopter la démocratie directe ou la démocratie représentative. Ils ont tous opté, rapidement, pour la représentation. Ils acceptent les analyses de Montesquieu disant que la démocratie directe n’est possible que dans des États de petites tailles comme l’étaient les cités grecques. Pour les États modernes, et tout spécialement les 13 États de l’Union, celle-ci a été réputée impraticable. Mais ils avaient surtout d’autres raisons.

            Un des problèmes qu’affrontent les révolutionnaires américains est de construire un système politique qui ne permette pas à une majorité de violer les droits de la minorité. Pour cela il leur faut des remèdes. Il se trouve que la représentation est le premier de ces remèdes[12].  En effet, le représentant une fois élu s’éloigne de sa circonscription, il échappe aux passions populaires, il se situe au-dessus de ses concitoyens pour considérer les problèmes non plus du point de vue de l’électeur de base, qu’il ait voté pour lui ou pas, mais d’un point de vue plus large, celui des intérêts de la République. L’élection a pour but, non pas de reproduire « l’honnête médiocrité [13]» du corps électoral, mais de dégager une élite. Elle crée un fossé entre électeurs et élus. L’élu doit avoir des vertus qui le hissent au dessus du commun des mortels parce qu’il appartient à une aristocratie naturelle. L’élection n’a qu’un seul but, produire une élite de législateurs vertueux selon le vocabulaire des Pères Fondateurs. En d’autres termes, la représentation a pour fonction principale d’ériger une “oligarchie” séparée du peuple par l’élection même. Cela est pensé et voulu par les rédacteurs de la constitution américaine. Madison et Hamilton[14] ont longuement défendu ce point de vue dans la série d’articles publiés sous la signature de Publius et regroupés dans l’ouvrage, The federalist papers.

            Ces débats auront également lieu lors de la Révolution française. Dès la réunion des Etats Généraux, il y eut une discussion sur le mandat impératif. Les députés devaient-ils obéir à leurs mandants ? Etaient-ils des délégués chargés de défendre les intérêts de leurs mandants ? Cette idée fût écartée d’emblée par Louis XVI lui-même, afin que l’Assemblée puisse engager la Nation dans les décisions qu’elle prendrait sans avoir à revenir vers les électeurs. Sieyès ajoutait à cette argumentation du Roi la raison suivante, si l’on veut que les décisions soient les décisions de la Volonté Générale que Rousseau attribuait seulement au peuple, il faut que le représentant ne soit pas seulement l’élu de son ordre, sa fonction est de représenter la Volonté Générale elle-même, du moins de concourir à l’expression de la Volonté Générale et pour cela il faut qu’il soit indépendant des électeurs. L’expression de la Volonté Générale ne doit plus se fonder sur le peuple pour Sieyès, elle doit appartenir à l’Assemblée soit  aux élus.

            Les trois révolutions démocratiques, l’anglaise, l’américaine et la française finissent par admettre la seule démocratie représentative. Et finalement  le système représentatif va être réputé supérieur au système de démocratie directe. Philippe Raynaud commente ainsi ce point : « Madison introduit une distinction essentielle entre la république et la démocratie (..) “on confond toujours une république avec une démocratie, et (..) l’on applique à la première les objections tirées de la nature de la seconde” ; or dit Madison, ces deux formes de gouvernement sont tout à fait différentes : “Dans une démocratie, le peuple s’assemble et gouverne lui-même ; dans une république, il s’assemble et gouverne par des représentants et des agents. Par suite, une démocratie doit être bornée à un petit espace. Une république peut embrasser un grand pays » (Le Fédéraliste, n°14). Les conditions de réalisation d’un régime républicain sont donc plus aisées à réunir que celles d’une démocratie : il faut, certes, que le gouvernement “tire ses pouvoirs directement ou indirectement de la grande masse du peuple”, et qu’il soit “administré par des personnes qui tiennent leur fonctions d’une manière précaire pour un temps limité, ou tant qu’elles se conduisent bien”.(..) La République représentative ne doit cependant pas être considérée comme un moindre mal : elle est au contraire une forme politique supérieure aux démocraties du passé. [15]»

            Ces analyses de Madison, un des Pères Fondateurs de la constitution américaine, sont très éclairantes. Elles permettent de dire que nous ne vivons pas dans un régime démocratique mais républicain. La différence entre les deux est que, bien qu’ils reposent sur le peuple, le premier seul donne le pouvoir au peuple. Le second donne le pouvoir aux « représentants » et même si ceux-ci sont élus, il ne s’agit pas du même régime car le second implique la coupure entre électeurs et élus, implique une division sociale du travail politique et donc l’exclusion du peuple du domaine du pouvoir. Sur cette coupure repose la nécessité d’un État compris comme structure séparée et “au dessus” du peuple. Dans la démocratie, au sens de Madison, il n’y a pas de structure séparée au dessus du peuple. Il n’y a pas d’État ! Mais les Pères Fondateurs des Etats-Unis veulent au-dessus des 13 états de l’Union un État Fédéral fort, ils ont donc un besoin absolu de la coupure entre le peuple et les représentants, ils ont un besoin absolu de la « représentation », celle-ci n’entre donc pas en contradiction avec un pouvoir fort, elle en est, paradoxalement, la condition de possibilité. La 5ème République Française est ainsi l’aboutissement logique de la démocratie représentative, non pas une erreur due à un « coup d’état permanent » pour reprendre le titre d’un ouvrage de François Mitterrand, mais la manifestation de l’essence même de la représentation !

 

           

Il apparaît donc clairement qu’appeler à une Constituante n’a de sens que si l’on sort du paradigme de la représentation. Le mot d’ordre “Place au Peuple » n’a de sens que si la représentation est critiquée, dépassée, annulée. Dans tous les autres cas on en reste aux  positions de Madison, on en reste à la vision d’un État fort en tant que séparé du peuple. Est‑ce cela que nous voulons ?

 

 

3. De la République à la Démocratie[16].

 

            Le thème général qui doit guider toute l’entreprise d’une constituante est celui de la démocratie directe quand le peuple s’assemble et gouverne lui-même pour reprendre la définition de Madison. Bien entendu, il n’est pas question de tracer ne serait-ce que l’esquisse d’une constitution, ce travail sera déjà utile s’il parvient à lever quelques objections à une telle entreprise et s’il indique en quoi elle découle de nos pratiques politiques.

L’objection principale à une telle possibilité tient aux trop grandes dimensions des États modernes. Est-ce que cet argument est encore tenable aujourd’hui ? Il est possible de faire remarquer que la démocratie directe peut alors se pratiquer dans toutes les structures administratives de “petites” dimensions, nous aurions un champ d’exercice tout à fait remarquable d’où il serait loisible de tirer des conséquences sur les possibilités de cette forme de gouvernement. On peut ensuite noter que nous disposons de moyens de communication rapides et sûrs, que la question des distances où plutôt de la simultanéité des débats et des prises de décisions se posent tout autrement qu’à l’époque de Louis XIV où il fallait une semaine de relais de postes pour aller de Paris à Marseille. Aujourd’hui, on va de Marseille à Paris en trois heures et le transfert de données dans le monde entier est quasi instantané. La question de la grandeur des États n’est plus aussi dirimante. Hannah Arendt considère d’ailleurs que cet argument n’a plus de valeur après la révolution russe de 1917 et la révolution hongroise de 1956. “La formation de tels conseils[17] dans des groupes aussi variés transformait un voisinage de nature plus ou moins fortuit en institution politique. L’aspect le plus frappant de ces créations spontanées est que, dans les deux exemples précités, ces organes indépendants et hautement disparates, ne prirent que quelques semaines à peine, dans le cas de la Russie, ou quelques jours seulement, dans le cas de la Hongrie, pour commencer un processus de coordination et d’intégration en formant des conseils supérieurs régionaux ou provinciaux, où se recrutaient en dernière instance les délégués à l’assemblée représentant l’ensemble du pays. Comme dans le cas des premiers « convenants », « cososiations » et confédérations de l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord, on voit ici le principe fédératif, le principe des ligues et des alliances d’unités séparées, naître des conditions élémentaires de l’action elle-même, en dehors de toutes considérations théoriques concernant les possibilités d’un gouvernement républicain dans de grands territoires qui ne se trouvaient même pas obligés à la cohésion par la menace d’un ennemi commun.[18]” Si la Hongrie ne peut pas être considérée comme un pays de grande étendue ce n’est pas le cas de la Russie tsariste. Lorsque Hannah Arendt se réfère aux « convenants » et aux « consociations », elle fait référence au début de la colonisation de l’Amérique du Nord période ou les distances n’ont pas empêché la mise en place d’un système de démocratie « pure » comme on la nommait alors, la question de la taille ne semblait pas vraiment jouer le rôle que les Pères Fondateurs ont fait valoir ensuite. En d’autres termes, l’argument de l’espace n’est pas un argument reposant sur un principe de réalité mais un argument politique qui utilise la géographie pour dévaloriser l’idée de démocratie directe.

Il en va de même d’une objection qui dirait que les citoyens n’ont pas, tous, le temps de participer aux débats et aux prises de décisions. En un siècle et demi, le temps consacré au travail a été diminué par deux, le temps libéré peut et doit être consacré aux activités citoyennes. Bien entendu, cela implique un changement profond sur le plan de l’investissement des citoyens. Mais il n’y a aucune raison, si les citoyens découvrent que par leurs paroles et par leurs actions ils peuvent changer les choses, qu’ils ne s’impliquent pas fortement dans la politique. Ils n’auront plus psychiquement[19] à intégrer la coupure de la représentation. Il n’y aura pas de démocratie renouvelée si le nombre de ceux qui “font” de la politique demeure aussi ridiculement bas qu’aujourd’hui. Tous partis confondus et toutes organisations confondues les français qui pratiquent la politique, dépassent à grand peine le demi-million ! Il s’agit d’une petite fraction qui fonctionne véritablement comme une “oligarchie”. Même nous, qui nous revendiquons d’être contre l“oligarchie” dominante, nous devons bien reconnaître que nous en faisons, à notre corps défendant, partis.

Il existe enfin une objection qui dit que certes, l’idée de démocratie directe est une belle idée mais qu’à l’époque moderne on ne la trouve réalisée nulle part et qu’il s’agit d’une “utopie” non pas concrète mais d’un songe pieux. Cette objection ne tient pas car on aurait pu faire la même au XVème siècle contre l’idée de démocratie représentative. Elle ne tient pas non plus parce qu’elle a déjà eu des débuts d’existence comme l’indique très bien Hannah Arendt. Il faudrait rajouter aux exemples d’Hannah Arendt l’expérience de la Commune de Paris. Si ces tentatives n’ont pas abouti ce n’est pas en fonction de leur utopie mais parce que des forces antidémocratiques les ont liquidées. Ces forces ont clairement vu dans ces réalisations une réalité substantielle susceptible de créer un monde nouveau dont elles ne voulaient pas.

Il existe un aspect que met en valeur Hannah Arendt, outre celui de la spontanéité[20], c’est le fait que dans ces cas, le peuple sait le type d’institutions et de gouvernement qu’il veut. “Le but commun était celui de la fondation d’un nouveau corps politique, d’un nouveau type de gouvernement républicain reposant sur les « républiques élémentaires » de façon telle  que son propre pouvoir central ne privait pas les corps constitutifs de leur pouvoir constituant originel.[21]” L’autre idée en œuvre est que les conseils créent un mouvement institutionnel et que le mouvement doit demeurer si l’on ne veut pas que le peuple organisé en conseils perde le pouvoir. On le comprend aisément, le peuple en mouvement est la condition de possibilité même pour instituer d’une nouvelle constitution. Si le peuple ne prend pas en charge la constituante, nous en resterons à la coupure qu’introduit la représentation. Il n’y aura pas de Révolution démocratique alors même que ce que nous visons est ce qu’il faut nommer la démocratie directe, c’est-à-dire d’engagement de tous les citoyens dans la question du pouvoir ou pour le dire différemment, notre but est de passer « de la représentation à l’autonomie ».

 

                                                                                              Jean-Paul Leroux

                                                                                                  Février 2012



[1] Les sondages d’opinion sont censés suppléer cette parole. Ils servent surtout les intérêts des gens au pouvoir et ils ont pour fonction de leur permettre de coller à ‘l’opinion” dans le but de se faire réélire. Le budget de l’Elysée concernant le recours aux instituts de sondage a explosé sous Sarkozy Ier. Il en est de même pour de nombreux ministères. Les sondeurs et les tenants de la participation sont d’accord sur l’essentiel, les citoyens n’ont plus la parole ! Michel de Certeau rendait compte des événements de mai 68 dans un ouvrage intitulé «La prise de parole ». Il s’agit bien sûr d’un parallèle avec la prise de la Bastille. En mai 68, les français ont pris la parole comme en 1789, le peuple parisien a pris la Bastille. Cette comparaison n’a de sens que si auparavant les français n’avaient pas la parole et si mai 68 a été une période révolutionnaire !

[2] En tant que représentant du peuple, il peut devenir « le petit père du peuple » ! Dans un autre contexte il peut faire don de sa personne à la Nation, c’est-à-dire à lui-même puisqu’il représente la Nation !

[3] Dans le Léviathan Hobbes présente ainsi le contrat originaire : “ j’autorise cet homme ou cette assemblée, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et que tu autorises toutes ses actions de la même manière.” Deuxième partie, chapitre XVII. Le contrat social est ainsi une aliénation générale.

[4] Le contrat social se ramène d’après lui à la clause suivante : « aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté » Rousseau, Du contrat social, Livre I, chap. VI, 6ème §.

[5] Sur ce point, Rousseau écrit : Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. In Du contrat social, Livre III, chap. XV.

[6]L’expression “abstentionniste structurel” m’est propre, elle ne fait que conceptualiser ce que Rousseau dit du peuple anglais mais qui vaut bien sûr pour tous les peuples. On s’étonne, en France, de l’ampleur de l’abstention, mais ce sont les forts taux de participation qui devraient étonner.

[7] Au cœur de la messe, le prêtre prononce les paroles : « ceci est mon corps, ceci est mon sang » qui sont censées transformer le pain et le vin en corps et sang du Christ. L’élection représentative opère de la même façon, l’électeur peut dire « ceci est mon élu » et il devient, mon corps politique, mon âme politique, ma volonté politique. Nous demeurons dans une théorie théologique même si elle est, maintenant, descendue sur terre par la grâce des analyses “matérialistes” de Thomas Hobbes.

[8] Ainsi le Général de Gaulle, élu pour garder l’Algérie française a-t-il finalement fait la paix avec le FLN ce qui permettait à l’Algérie de devenir un pays indépendant. Bien entendu, les électeurs qui avaient voté pour lui, ont été « trahis » mais ceux qui voulaient une Algérie indépendante ont été « ravis ». Il est possible de multiplier les exemples de ce type.

[9] Si l’on accepte la thèse qui admet que le domaine de l’art est en avance sur les autres manifestations d’une époque, il est loisible de remarquer que la domination de la représentation a déserté ce domaine depuis plus d’un siècle ! La politique démocratique a ainsi bien du retard sur l’art et en l’occurrence la peinture !

[10] Le très beau film Le discours du Roi n’est possible et n’a de sens que par rapport aux analyses de Thomas Hobbes.

[11] Dick Howard remarque ainsi « L’explication classique de ce concept [de représentant] se trouve chez Burke, élu de Bristol, où il ne se rendit jamais entre 1776 et 1780. Le représentant est élu pour représenter le bien commun, il ne doit en aucun cas être lié par les intérêts locaux de ses électeurs, bien que ceux-ci aient le droit, à la fin de son mandat, de ne pas le réélire. Le locus classicus de cette théorie est le Speech to the Electors of Bristol de 1774. In Dick Howard, Aux origines de la pensée politique américaine, Editions pluriel, Paris, 2004, p. 74-75, note 35. Et il commente : « Après tout, de grandes agglomérations telles Sheffield ou Manchester n’avaient pas de représentants au Parlement. Dire qu’il fallait que tout le monde fût directement et correctement représenté revenait à nier le principe de la représentation tel que le concevait la science politique d’alors. La représentation virtuelle était justifiée pour autant que les représentants étaient soumis aux lois qu’ils votaient. »

[12] Le second consiste dans  l’équilibre entre les pouvoirs. Ils reprennent sur ce point les analyses déjà classiques de Montesquieu.

[13] Denis Lacorne, L’invention de la République américaine, Pluriel, Paris, 1991, p.130.

[14] Madison (1751-1836) et Hamilton (1755-1804) sont deux des Pères Fondateurs de la constitution américaine et deux des rédacteurs des célèbres federalist papers.

[15] Philippe Raynaud, Trois Révolutions de la liberté, Angleterre, Amérique, France, Puf, Paris, 2009, p. 153.

[16] Pour conserver le vocabulaire de Madison !

[17]Les  conseils ou soviets pratiquaient, sous des formes diverses, la démocratie directe.

[18] Hannah Arendt, On revolution,  Compass book edition, NY, 1965, p. 271.

[19]Qu’il y ait des dimensions psychiques à la réalisation d’une nouvelle constitution, cela est une évidence lorsqu’on regarde vers les travaux de la psychologie historique. Mais ce n’est pas le lieu de développer ce point pourtant crucial.

[20] La question de la spontanéité renvoie au problème du commencement d’un processus révolutionnaire. Nous pouvons nous préparer au commencement de cet événement, nous ne pouvons ni l’anticiper ni le planifier ni le décréter.

[21] Ibidem.

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